À Madagascar, le secteur du tourisme se prépare à une saison morose à cause de la crise au Moyen-Orient. L’augmentation du prix des billets d’avion et la réticence des Européens – principaux touristes étrangers à Madagascar – à partir loin de chez eux sont à l’origine d’une forte baisse des réservations sur la Grande-Île. Déjà lourdement affectés par la crise politique de septembre et octobre 2025, les hôteliers comme les tour-opérateurs anticipent une rude concurrence à l’échelle nationale et avec les îles voisines de Maurice et des Seychelles pour capter des touristes moins nombreux qu’à l’accoutumée.
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Avec notre correspondant à Antananarivo,
Les plages aux eaux cristallines des environs de Tuléar sont presque vides, témoigne Odilon Ranaivoson. Il possède deux hôtels et un bar culturel dans cette région du sud-ouest de Madagascar. Habituellement, à cette période de l’année, les premiers touristes sont déjà là et les réservations vont bon train pour juillet-août. « On devrait déjà être à 50% de notre occupation pour la période d’été, donc les vacances en Europe. Mais là, c’est des balbutiements de réservations que nous avons. On en est qu’à 15 ou 20% », explique-t-il. Cette forte baisse fait vaciller certains opérateurs selon cet entrepreneur, jusqu’à récemment président de l’office du tourisme de la région de Tuléar.
« Comment arriver à garder la tête hors de l’eau ? Parce que les charges sont énormes en termes d’énergie ou de personnel. Je crains aussi la diminution de la qualité des services. Est-ce qu’on investit pour améliorer le produit en préparation de la saison qui arrive ? Parce qu’on ne sent pas les perspectives positives dans un futur proche », s’inquiète encore Odilon Ranaivoson.
Johann Pless, vice-président de la Confédération du tourisme de Madagascar, écarte le risque d’une saison blanche sans aucun touriste. Mais le conflit au Moyen-Orient n’en est pas moins un nouveau coup dur après la crise politique de 2025, à l’origine d’une perte de chiffre d’affaires estimée à 100 millions de dollars pour le secteur. « Il y a un ressenti et une sorte de crainte des marchés émetteurs de voyager loin. On parle principalement des marchés européens. Le prix du billet augmente. Il peut prendre de 30% à plus de 50% actuellement, causés par l’impact de la guerre en Iran sur le prix du carburant aérien », assure l’expert du secteur. En plus, pendant plusieurs semaines, « la compagnie aérienne Émirates a arrêté ses vols sur Madagascar, ça [a] fait des milliers de sièges en moins. ». S’ajoute à cela la baisse du pouvoir d’achat des pays émetteurs de touristes, également touchés par la crise des carburants.
« Dans un monde idéal, nous souhaiterions que les risques soient partagés »
« Pour les douze prochains mois – on ne parle pas seulement de deux ou trois mois –, il faudra donc s’adapter à notre clientèle qui aura un pouvoir d’achat moindre et adapter nos marges en fonction de l’inflation et du prix du carburant à la pompe », pointe encore Johann Pless.
Jusqu’à présent plafonné par les autorités malgaches moyennant un lourd endettement public, ce prix à la pompe demeure la grande inconnue des prochains mois. En cas d’augmentation brutale, l’association des tour-opérateurs de Madagascar, qui réunit 80 membres, espère une juste répartition des surcoûts. « Dans un monde idéal, nous souhaiterions que les risques soient partagés, que les clients ne subissent pas tout à eux seuls, mais que tous ceux qui interviennent dans le voyage prennent une petite marge de participation, pointe Sylvia Rajaonalimanana, la directrice exécutive. Il y a les loueurs de voitures, les distributeurs de carburant, les tour-opérateurs, les partenaires à l’étranger qui prospectent les clients. Nous souhaitons que tous les acteurs du tourisme prennent conscience que le secteur est fragile et que tout le monde se soutienne. »
Passée la crise au Moyen-Orient, le secteur touristique malgache s’est fixé pour objectif d’atteindre 1 milliard de dollars de chiffres d’affaires annuel, contre 700 millions de dollars aujourd’hui. La filière attend pour cela une meilleure desserte aérienne, notamment vers les villes de province, et une rénovation des routes nationales.













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