Afrique

La mode sur la scène abidjanaise avec le Zaady Fashion Day de Fabrice Zaady

Le Zaady Fashion Day, organisé par le créateur ivoirien Guy Fabrice Mahi, dit Fabrice Zaady, se tient à Abidjan samedi 30 mai 2026. Cette journée dédiée à la créativité de la mode africaine rassemble de jeunes talents venus de tout le continent. Installé à Paris, Fabrice Zaady met sa notoriété au service de cet événement qu’il décrit comme « une journée d’inspiration, de partage et de fierté culturelle ». Nous l’avons rencontré dans son atelier parisien, avant son départ pour la Côte d’Ivoire.

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Pour Fabrice Zaady, la mode est intimement liée à la culture et à l’histoire de son pays. « La mode pour nous a commencé avec les rois. Les rois, ce sont des gens qui étaient majestueux, beaux », raconte-t-il. En Côte d’Ivoire, chaque grande étape de la vie, mariage, naissance, est une occasion de s’habiller avec soin : « On est tout le temps bien habillé, dans notre culture, la mode a vraiment sa place ».

Son propre prénom de créateur est un héritage familial. « Zaady, c’est d’abord mon nom d’enfance. C’est mon nom du village, Zaady, qui signifie ”victoire” », explique-t-il. Ce nom, transmis par l’oncle de sa mère, s’impose naturellement comme celui de sa marque. Dès l’enfance, il baigne dans les ateliers de couture tenus par sa mère et sa grand-mère : « Pour me punir le week-end, je devais aller surveiller les artisans. Ils me disaient : ”viens faire ça, faut faire les épaulettes, faire le fond.” Donc j’ai commencé à toucher tout doucement. »

Il se souvient aussi de ses premiers gestes de styliste sur sa grand-mère : « Toutes les mamans avaient un foulard. Ma grand-mère, je lui en mettais deux, donc il y avait un en dessous, l’autre au-dessus. » Une audace qui impressionne déjà l’entourage et fait naître sa passion pour la mode.

Collection © Fabrice Zaady

L’Afrique comme base, Paris comme tremplin

Cet héritage affectif et esthétique reste son socle. « C’est ma base aujourd’hui parce que c’est un environnement où j’étais vraiment chouchouté, j’étais aimé », confie-t-il avec émotion. Si ses vêtements parlent à un public international, il revendique une source d’inspiration profondément africaine : « Je puise vraiment essentiellement mon inspiration de l’Afrique. Par exemple, cette robe avec des manches bouffantes, ce sont essentiellement des femmes africaines qui adorent avoir des manches bouffantes. »

Autodidacte, il ne suit pas de cursus traditionnel en école de mode. Il apprend la couture, le design et le stylisme grâce aux ressources numériques. Sa rigueur finit par payer : son atelier obtient le label « Fabriqué à Paris ». « C’est important, dans le sens où ça amène une valeur ajoutée à ce que je fais, souligne-t-il. Ce label atteste d’une mode » référencée et surveillée, dans un contexte où « il y a beaucoup de contrefaçons. Les équipes du label sont venues sur place, ont observé le travail, une reconnaissance qui lui montre qu’il y a un chemin encore à parcourir. »

Collection
Collection © Fabrice Zaady

Une collection révélatrice et des artistes de premier plan

Un moment décisif de sa carrière reste la collection créée avec sa mère, disparue en 2017. En 2018, il est invité à défiler en Italie : « La collection que j’ai faite avec elle, ça reste la collection qui m’a révélé. » Parti seul avec cinq valises de tenues et d’accessoires, oublié des heures à la gare par l’organisateur, il vit un défilé sous tension. Il ignore même qu’il s’agit d’un concours. Jusqu’au moment où tout bascule : « ​​​​​​​On me dit que tu as gagné quelque chose. Fébrile comme je suis, je me suis mis à pleurer. » La collection rafle trois prix, dont celui de designer international. Une victoire qu’il vit comme un hommage à sa mère, alors qu’il avait songé à tout arrêter.

Aujourd’hui, ses coupes modernes et ses lignes structurées séduisent bien au-delà des frontières françaises. Ses créations habillent notamment Anne Sila, Black M ou Fally Ipupa. Les collaborations passent d’abord par les stylistes : « C’est lui, après plusieurs essais, qui dit à son artiste : ”Je veux que tu viennes parce que la personne est de confiance.” » L’invitation de Fally Ipupa, qu’il admire de longue date, reste marquante : « ​​​​​​​Un jour, je reçois un message sur Instagram : ”J’aime vos vêtements, j’aimerais venir voir comment on pourrait collaborer.” »

Collection
Collection © Fabrice Zaady

Le Zaady Fashion Day : un concours pour toute l’Afrique

Avec le Zaady Fashion Day, Fabrice Zaady veut à son tour soutenir les jeunes créateurs africains. Il part d’un constat simple : « Certains jeunes créateurs me sollicitent pour acheter des tissus, des machines, des matières premières parce qu’ils veulent participer à des concours. Je recevais beaucoup de demandes. » Il imagine alors un concours qui permette de les accompagner concrètement.

« ​​​​​​​C’est un concours, tout le monde est lauréat, mais à la fin, il y a une personne qui est dénommée meilleur créateur », explique-t-il. Le gagnant reçoit 3 000 euros pour acheter des matières, louer un atelier ou développer sa communication. L’ambition est panafricaine : « Aujourd’hui, en Afrique, les concours se font par pays ou par langue. Nous, on a voulu regrouper vraiment toute l’Afrique, un peu comme la CAN. »

Au-delà du soutien financier, il défend une vision sans frontières de la création : « Quand on dit ”mode africaine”, pour moi, on met des limites, on met des barrières à la mode. La mode, c’est la mode. Pour moi, il y a des créateurs africains, mais il y a une mode universelle. » Une mode où l’Afrique, portée par des voix comme la sienne, entend bien prendre toute sa place.

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