À Madagascar, l’art s’invite à la campagne. À une heure de route de la capitale Antananarivo, une compagnie de théâtre et une association de slam organisent chaque dimanche des ateliers poétiques et musicaux dans la commune rurale d’Ivelo. L’occasion d’organiser une fois par mois, des scènes ouvertes lors desquelles des artistes en herbe partagent leurs créations avec les habitants. Ce projet culturel hors des grands centres urbains rencontre un franc succès.
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De notre envoyé spécial à Ivelo,
Pour arriver à Ivelo, il faut emprunter une piste cahoteuse entourée de rizières et de cultures maraîchères. Devant l’école du village et l’église en briques de terre rouge, typique des hauts plateaux malgaches, deux micros, une enceinte et quelques nattes au sol pour accueillir le public. Cette scène improvisée rivalise ce jour-là avec le match de foot organisé juste à côté.
Mitsinjo, membre de l’association Slam Poetry of Tana, introduit la scène ouverte. Chaque dimanche, elle anime les ateliers artistiques avec les jeunes d’Ivelo. « On les incite à créer, à hurler, à parler fort. C’est une occasion pour eux de découvrir et ils sont surpris des gens qui les entourent : “L’enfant de ma cousine fait ça, l’épicier fait ça !” Il y a l’audace de parler, une vraie envie de liberté d’expression, une grande variété de styles de texte. Nous entraînons les enfants dans notre délire et à sortir aussi leur propre délire. »
Andry Nirina, 15 ans, se présente au public, une feuille de papier griffonnée entre les mains. Dans son texte engagé et poétique, il encourage ses amis à ne pas devenir parents trop tôt pour se concentrer sur leurs études : « J’ai découvert le slam il y a deux mois et cela m’a tout de suite plu puisque mon grand-père écrivait aussi des poèmes. J’ai préparé mon texte petit à petit lors des ateliers du dimanche, au fil de mon inspiration et de ma motivation. Et le public a bien écouté mon message ! Plus tard, j’aimerais à la fois être soldat dans l’armée et continuer à écrire toutes sortes de textes pour partager mes idées. »
Entre deux slams, un concert de tambours puis un morceau de guitare résonnent sur cette place de village en terre battue… Tous les habitants d’Ivelo sont invités à présenter leurs talents au public.
Fela Razafiarison est directrice de la compagnie Miangaly Théâtre, co-initiatrice du projet : « Ce n’est pas évident de chercher à faire des activités artistiques et culturelles en milieu rural. C’est déjà compliqué en zone urbaine par rapport à des moyens, aux infrastructures. Les villageois vivent ici principalement de l’agriculture et de l’élevage. On est à une vingtaine de kilomètres de Tana, ce n’est vraiment pas loin. Et pourtant, ce sont deux modes de vie complètement différents. Et l’idée, c’était aussi ça : comment, nous, en tant que compagnie de théâtre, on se met à la rencontre d’autres territoires qui peuvent aussi nourrir notre vision du monde. »
Fela Razafiarison se réjouit que ces escapades poétiques dominicales ouvrent pour tous de nouveaux horizons.













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