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« Onze mois après son arrestation par la justice malienne, le lieutenant-colonel français Yann V. a été fixé vendredi sur son sort par un tribunal de Bamako, pointe Maliweb. L’agent français écope de 20 ans de réclusion criminelle et d’une amende de 3 millions 600 000 FCFA ainsi que du paiement d’un franc symbolique à l’État malien. Pour rappel, poursuit le site bamakois, ce lieutenant-colonel avait été interpellé et accusé par le gouvernement de transition d’avoir contribué “à mobiliser les responsables politiques, acteurs de la société civile et des militaires dont les généraux de brigade Abass Dembélé et Nema Sagara” pour déstabiliser les institutions de la République. Dans la foulée de son interpellation, le ministère français des Affaires étrangères avait contesté les accusations portées contre son deuxième secrétaire à l’ambassade à Bamako. Paris avait même rejeté son implication estimant qu’il fait l’objet “d’accusations sans fondement”. »
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Des fonctions officielles…
En effet, précise Le Monde Afrique, « Yann V. était présent au Mali sous sa véritable identité et était dûment accrédité comme officier de la DGSE auprès des autorités maliennes. Il était officiellement second secrétaire de l’ambassade de France à Bamako, poste qui lui confère théoriquement l’immunité diplomatique en vertu de la convention de Vienne de 1961. Malgré leurs relations très tendues depuis le putsch du général Goïta, en 2020, qui a tourné le dos à la France pour miser sur la Russie, Paris et Bamako avaient en effet maintenu une discrète coopération en matière de renseignement. Une équipe réduite de la DGSE, qui fournissait notamment un appui technique à ses partenaires maliens, et dont Yann V. faisait partie, était donc présente à Bamako dans ce cadre. »
Défiance…
En fait, analyse Afrik.com, « la condamnation de Yann V. s’inscrit dans une relation franco-malienne déjà profondément abîmée. Depuis le départ de l’opération Barkhane et le rapprochement de Bamako avec Moscou, les tensions sont régulières. Cette affaire prolonge ce cycle de défiance. Juger l’officier français permet à Bamako d’adresser un message clair à la France en montrant que le Mali entend traiter toute présence française jugée suspecte comme une menace contre sa souveraineté. »
Cette condamnation, poursuit Afrik.com, révèle aussi et surtout « la difficulté, pour les autorités maliennes, de traiter publiquement les volets internes de cette affaire. En condamnant le Français, Bamako met en scène la défense de sa souveraineté face à l’ancienne puissance coloniale. Et en laissant les généraux maliens impliqués dans l’attente (d’être jugés par une cour militaire), le pouvoir évite, pour l’instant, un procès qui pourrait ouvrir des débats plus délicats sur les fractures au sein même de l’armée malienne. »
Une issue diplomatique ?
En tout cas, conclut le site panafricain, « dans l’immédiat, une issue rapide paraît difficile pour Yann V., même si Paris continue de réclamer sa libération et de dénoncer une violation des règles diplomatiques. »
D’après le site d’information malien, Bamada, « la condamnation de Yann V. n’exclut pas, en théorie, une issue diplomatique ultérieure, notamment un transfèrement vers la France pour l’exécution de la peine ou alors une mesure de grâce décidée par les autorités maliennes. Une telle évolution dépendrait toutefois d’une décision souveraine de Bamako et d’éventuels échanges avec Paris. »
Bien traité mais amaigri
Enfin, pour ce qui est des conditions de détention de l’officier français, « en mars dernier, Jeune Afrique révélait qu’il était détenu à la base aérienne 100 de Bamako, une installation relevant de la sécurité d’État malienne. Il avait, dans les semaines qui avaient suivi, pu avoir accès à un avocat et avait vu ses conditions de détention s’améliorer (…). »
Pour sa part, Le Monde Afrique confirme que « Yann V. est détenu par l’agence nationale de la sécurité d’État dans une de ses bases de Bamako. Il est bien traité mais amaigri. Après plusieurs mois sans visite, il avait vu pour la première fois un membre de l’ambassade de France, en décembre dernier, à l’occasion des fêtes de fin d’année. Depuis son arrestation, des contacts ponctuels ont eu lieu entre responsables maliens et français à son sujet. (…) La France a opté pour une ligne ferme sur ce dossier sensible, suivi en permanence à la DGSE et supervisé par l’Élysée. Dénonçant une arrestation arbitraire, elle ne réclame qu’une chose : la libération immédiate de son agent. Pour l’instant sans succès. »













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