L’exil, sa Guinée natale, la Bretagne où il a élu domicile, la beauté de la nature et toutes ses rencontres : dans son recueil Le Jardin des Flamboyants, paru fin février, le poète Falmarès (Mohamed Bangoura, de son vrai nom) raconte – ou chante, comme il le dit – sa vie. Les souvenirs de Koba, où il est né ; l’héritage de sa famille de griots ; la douleur du périple qui l’a mené en Libye, en Italie, puis en France ; mais surtout les petites joies du quotidien, qu’il ne faut jamais perdre de vue.
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RFI : Vous venez de publier un recueil de poèmes, Le Jardin des Flamboyants. Comment, dans votre parcours, en êtes-vous arrivé à la poésie ?
Falmarès : J’ai rencontré la poésie sur ce périple difficile que j’ai effectué. Quand je suis arrivé en Italie, j’avais du mal à dormir, j’étais traumatisé par tout ce qui se passait. J’ai ressenti le besoin de la lecture. Comme tout était écrit en italien, je me suis mis à écrire en français pour me lire. Ensuite, à mon arrivée à Nantes, j’ai découvert les bibliothèques et je passais toutes mes journées à lire et à écrire. Et c’est comme ça que j’ai découvert la poésie, mais disons la littérature d’une manière générale.
Vous publiez un recueil très riche, plus d’une centaine de poèmes. Écrivez-vous tous les jours ?
Je n’écris pas tous les jours, mais je garde cette habitude-là d’écrire toutes les semaines. Cette régularité me permet d’apprendre davantage. Je me considère comme un apprenant permanent et comme quelqu’un de curieux, qui observe, qui aussi essaie de se souvenir. Parce que le poète, pour moi, c’est aussi quelqu’un qui se souvient. J’essaie de me souvenir aussi de Koba, à 200 km de Conakry, de mettre mon oreille au plus près du stylo pour écrire sur ça. Mais pour moi, mon écriture va au-delà d’une simple écriture d’exil.
Justement, que représente la poésie pour vous ? Un moyen d’exorciser, un refuge ?
La poésie, d’abord, c’est l’espoir. Le poète doit chanter l’espoir, chanter la beauté, même si parfois, certaines situations masquent cette part de beauté. Mais on doit la chercher, même si elle est loin.
Vous employez le terme de chanter. Quel est le rapport que vous faites entre la poésie et le chant, l’écriture et la musicalité ?
La poésie est un chant. Quand on parle, par exemple, du mandingue, les premiers poètes qui ont existé, ce sont des griots. Or les griots, ce sont des joueurs de kora, de musique. Même en Occident ! Les premiers poètes, Hésiode, Homère… c’étaient des aèdes, qui chantaient leurs poèmes. Donc, je ne peux pas dissocier la poésie de la musicalité. La poésie sans la musique s’arrête tout de suite.
Vous dites aussi dans l’un de vos textes que chaque poète a en lui ou en elle un langage à transmettre au monde. Quel est le vôtre ?
Le langage, c’est le langage poétique qui est universel. Il y a aussi la langue mandingue, cette parole des griots, de mes grands-parents… et cette rencontre avec le langage occidental. J’écris entre ces deux mondes-là.
Vous signez un recueil plein de vie, de douceur, de bonheur – même s’il y a aussi des textes plus sombres où vous racontez l’exil, la Libye, le périple. Considérez-vous la joie comme un acte de résistance ?
Nous ne devons pas oublier les petites choses. Dans une vie, il n’y a pas que des choses douloureuses. Moi, sur ce périple où j’ai failli mourir plusieurs fois, j’ai rencontré la poésie, j’ai rencontré des humains… Et puis il y a tout simplement la joie de vivre, d’avoir survécu. Donc, on ne doit pas oublier cette joie des choses simples de la vie. Je pense que je veux parler de ça surtout, de chanter les choses simples de la vie, le jardin, des plantes, une promenade. Je sais que ce n’est pas facile d’arriver à la simplicité, mais j’essaie, je tente.
À écouter dans Sur le pont des arts«Catalogue d’un exilé» de Falmarès, la poésie est un ailleurs













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