En 2009, la Commission vérité et réconciliation, instaurée après la guerre civile qui a déchiré le Liberia entre 1989 et 2003, avait recommandé l’organisation d’un grand procès pour juger les criminels de guerre. Depuis, peu de choses ont été faites en ce sens.
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De notre envoyé spécial à Monrovia,
Si l’ancien président Charles Taylor a été jugé et condamné par un tribunal international, c’était à La Haye et pour ses crimes commis en Sierra Leone. D’autres chefs de guerre ont été condamnés à l’étranger, mais aucun à Monrovia. Le président Joseph Boakai, arrivé au pouvoir en 2024, avait fait de la justice l’une de ses promesses phares, mais les défenseurs des droits humains attendent toujours, avec impatience, de voir des procès se tenir dans le pays.
Dans son bureau de la banlieue de Monrovia, Adama Dempster prépare une réunion de partage d’expérience avec des Éthiopiens en visite au Liberia. Eux aussi se battent pour la justice dans leur pays. À la tête d’une fédération d’organisations de défense des droits humains, Adama Dempster était optimiste quand le président Joseph Boakai a signé en 2024 un executive order pour mettre en place un tribunal sur les crimes de guerre : « J’étais là quand le président Boakai a signé l’executive order, j’étais dans la salle, juste à côté du président. Ça a marqué un tournant dans ce long combat pour la justice, souligne-t-il. Malheureusement, ce processus aurait dû être très rapide mais cela fait déjà deux ans et peu de choses ont avancé. Et la dynamique en faveur de la création de ce tribunal est en train de ralentir. Cela compromet notre quête de justice puisque, pendant ce temps-là, des criminels présumés, des victimes ou des témoins disparaissent. »
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Les procès à l’étranger, un « pas vers la justice »
L’un des principaux chefs de guerre, Prince Johnson, est mort en 2024, sans jamais avoir été inquiété. Pour l’instant, les défenseurs des droits humains doivent se contenter des procès des criminels de guerre qui se sont réfugiés à l’étranger. Comme Kunti Kamara, l’un des chefs de l’Ulimo, récemment condamné par la justice française au nom de la compétence universelle pour les crimes les plus graves.
« C’est très bien qu’il y ait des procès à l’étranger, c’est un pas vers la justice. Ça devrait certes être à la justice libérienne de faire cela, mais tant mieux si d’autres pays le font. Ces gens ont fui le pays, ils ont changé de noms, ils ont menti à leurs pays d’accueil, tant mieux si la justice les rattrape, approuve Peterson Sonyah, qui dirige la plus grande association de victimes de la guerre, la Liberia Massacre and Survivors Association. Martina Johnson, une proche de Charles Taylor, va bientôt être jugée [en Belgique]. Nous applaudissons tous les pays qui poursuivent ces gens, parce que nos gouvernements ont pris trop de retard. »
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Mettre fin au « régime de l’impunité »
Frances Greaves se félicite aussi de ces procès à l’étranger. Mais pour celle qui fut membre d’un groupe de femmes, Women of Liberia Mass Action for Peace, qui a joué un rôle décisif pour mettre fin à la guerre, la justice doit passer par Monrovia : « Ceux qui connaissent l’histoire du Liberia savent que l’impunité fait partie du quotidien. On appelle à la mise en place de ce tribunal pour mettre fin à cette impunité, pour que les gens soient tenus responsables de leurs actions, martèle-t-elle. Et avoir les procès ici au Liberia aurait un deuxième avantage. La population est largement illettrée. Si les procès ont lieu ici, ils pourront être diffusés à la télé ou à la radio, et c’est très important. Si cela ne se concrétise pas, cela enverra un très mauvais signal pour les générations futures. Ce sera encore le régime de l’impunité. »
Pour l’instant, la commission chargée de la mise en place du tribunal continue son travail. Les premiers procès sont espérés pour fin 2027.
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