Le sommet Africa Forward débute aujourd’hui et va se dérouler jusqu’à demain à Nairobi au Kenya. Il rassemble la France et plus d’une trentaine de représentants de pays africains. C’est le dernier événement de ce type pour Emmanuel Macron, et c’est donc l’heure du bilan de deux mandats de politique africaine de la France.
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« Il n’y a pas de politique africaine de la France », c’est ce qu’Emmanuel Macron avait dit lors de son discours de Ouagadougou peu après son arrivée à l’Elysée en 2017. Et c’est vrai qu’elle a bien changé. Il y a un pilier sur lequel elle ne s’appuie plus, c’est le pilier militaire. Aujourd’hui, les implantations de l’armée française en Afrique se résument à la base de Djibouti, actuellement essentiellement tournée vers ce qui se passe au Moyen-Orient ou dans la corne de l‘Afrique, et une centaine d‘hommes au Gabon contre un millier il y a dix ans. Pour le reste, c’est le grand déménagement. Finis les accords de défense et les implantations permanentes au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, en accord ou à la demande des pays concernés. Même chose au Tchad.
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Grand remplacement au Sahel
Et puis il y a surtout ce qui s’est passé dans les autres pays du Sahel. Là c’est carrément le grand remplacement. La France était intervenue en 2013 face à la menace djihadiste au Mali à la demande des autorités de Bamako avec les opérations Serval puis Barkhane. Mais c’est encore à leur demande qu’elle a été priée de partir après le coup d’État de la junte qui a préféré s’appuyer sur les forces russes d’abord du groupe Wagner puis de l’Africa Corps. L’influence russe, y compris au plan informationnel, est telle dans la région que la même chose est arrivée au Burkina Faso et au Niger, qui s’est en plus séparé des États-Unis, fortement implantés en territoire nigérien. Cette lutte contre le djihadisme est toujours en cours et l’Histoire n’est pas terminée. Chacun se fera son idée de l’efficacité à la fois militaire, économique et pour les populations de ce changement de partenaire.
Travail mémoriel
Mais cela a obligé la France à changer de posture et de méthode. Jusqu’à Jacques Chirac, ces sommets s’appelaient sommets France-Afrique. Une sémantique qui disait bien ce que ça voulait dire. Nicolas Sarkozy a inversé l’ordre, mais son désastreux discours de Dakar sur l’homme africain pas assez entré dans l’Histoire a grandement limité sa crédibilité. Le jour de son investiture comme candidat socialiste pour 2012, François Hollande proclamait la fin de la Françafrique, mais les habitudes avaient encore la vie dure comme l’a montré le Mali. Il faut reconnaître à Emmanuel Macron une volonté de travail mémoriel : reconnaissance des massacres de Thiaroye au Sénégal, puis vendredi dernier, de ceux de Sétif en Algérie. Et puis il y a les restitutions d’objets ou de restes humains aux pays africains, appuyées par une loi promulguée juste avant ce sommet.
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Convaincre
Cela n’empêche pas d’avoir des relations avec le continent africain. Et cela semble parfois plus simple avec des pays non francophones. Des sondages montrent que l’image de la France est meilleure dans ceux où elle n’a pas d’histoire coloniale ou postcoloniale D’où ce sommet au Kenya. Cette stratégie élyséenne pro-business de ce sommet Africa Forward correspond assez bien, finalement, à la vision d’Emmanuel Macron, celle de la France comme Start-up Nation. Elle fait de la France un pays investisseur en Afrique parmi d’autres, comme la Chine, les États-Unis ou les Émirats arabes unis. La différence, c’est qu’aujourd’hui, il s’agit de convaincre, à défaut de pouvoir faire autre chose.
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