Avec environ 500 millions d’euros versés en 2025, les investissements européens en Éthiopie sont à leur plus haut niveau depuis 2021, encouragés par la croissance robuste du pays de la Corne. Mais si l’Éthiopie est un marché prometteur, elle reste minée par l’insécurité et les conflits. Dans ce contexte, comment l’Union européenne peut-elle encourager les investissements économiques ?
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De notre correspondante à Addis-Abeba,
L’hymne européen retentit au premier jour du « EU-Ethiopia Business Forum », comme le symbole du retour de l’Union européenne (UE) en Éthiopie. Devant une salle bondée, Jozef Sikela, commissaire européen aux partenariats internationaux, liste les points forts de l’Éthiopie : une croissance robuste, espérée à 9% en 2026, et un marché immense de 120 millions d’habitants. Pour Sofie From-Emmesberger, ambassadrice de l’UE en Éthiopie, les réformes de libéralisation menées par le gouvernement éthiopien ces deux dernières années sont aussi des arguments convaincants. « On constate désormais des opportunités pour le secteur privé, la banque, l’assurance et le commerce de détail », détaille-t-elle.
Dynamique sur le plan économique donc, l’Éthiopie reste pourtant l’un des pays les plus instables du continent : des conflits sont toujours en cours en Amhara et en Oromia, ses deux régions les plus peuplées. Les tensions restent très fortes aussi entre Addis-Abeba et les autorités tigréennes, faisant même craindre ces derniers mois un nouveau conflit. Une situation sécuritaire très dégradée qui ne dissuade pas l’UE. « C’est un sujet que nous abordons de près avec le gouvernement. Mais heureusement, c’est un immense pays, il y a donc des zones de violence, mais également d’immenses opportunités d’investissement », assure la diplomate.
« Une stratégie de ”realpolitik” »
Une vision que partage Claudio Pasqualucci, commissaire de l’Agence italienne du commerce à Addis-Abeba. « Certaines régions sont en plein essor, comme Jimma, par exemple, ou encore Dire Dawa, à la frontière de Djibouti. Et je dois dire que le gouvernement déploie des efforts considérables pour pacifier ces zones. Je suis donc très optimiste quant à l’avenir », s’enthousiasme-t-il.
D’après Ladji Ouattara, enseignant-chercheur et directeur de l’Institut d’études géopolitiques Cauris, les investissements européens en Éthiopie illustrent bien le récent tournant pris par l’UE en matière de politique économique. « Cela s’inscrit dans une stratégie de ”realpolitik”, analyse-t-il. D’une part, nous avons aujourd’hui en Europe la montée des partis extrêmes, des courants xénophobes, anti-immigration. Donc, il est vraiment important pour les Européens d’agir au plus près du terrain, de limiter au maximum les impacts. Et d’autre part, nous sommes dans un contexte international de compétition stratégique entre les grands acteurs et de bouleversement géopolitique, notamment avec l’imprévisibilité des États-Unis. De fait, l’Europe a besoin d’être là », développe le chercheur. L’Union européenne a récemment annoncé un investissement de 559 millions d’euros pour financer les infrastructures énergétiques éthiopiennes.
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