C’est un concept qui vient de fêter ses cinq ans. Dans la Haute Ville d’Antananarivo, deux vendredis par mois, l’éco-designeuse Carine Ratovonarivo organise des Zoma Maninona, littéralement, des « vendredis, ça va bien ». Des déjeuners éco-responsables où l’artiste passe derrière les fourneaux pour faire dialoguer cuisine, patrimoine et écologie. Immersion dans le jardin d’Andohalo.
Publicité
« Bonjour à tous, bienvenue au Zoma Maninona, merci d’être là pour cet événement dédié à l’écologie » : ce vendredi-là, Carine Ratovonarivo accueille ses trois invités du jour.
Depuis cinq ans, l’artiste tananarivienne propose, pour 10 000 ariary – environ deux euros –, un voyage culinaire à travers les régions de Madagascar. Au pied des petits pavillons d’Andohalo, premier jardin historique de la capitale, elle invite ses hôtes à prendre place sur les nattes et poufs, puis présente le menu :
« Aujourd’hui, je vais vous servir mes fameux cakes verts. C’est ma signature, puisque je fais pousser mon petit potager ici, dans la Haute Ville. C’est important pour moi de parler de tout ce qui est localement sourcé et de saison. À côté, vous avez aussi des achards, qui répondent à des héritages culinaires traditionnels. C’est un mélange de recettes tananariviennes et Betsimisaraka. C’est mon interprétation familiale sur deux territoires donnés. Aujourd’hui, nous avons un rhum exceptionnel de fleurs de capucine comestibles qui poussent à deux pas d’ici et qui a un peu plus d’un an d’âge. »
Carine cuisine tout. Elle tient aussi à perpétuer certaines traditions : « Tout rituel à Madagascar, de fête de la naissance jusqu’à la mort, c’est avec du rhum d’abord, donc je t’invite à prendre un peu de rhum, à en verser d’abord aux ancêtres (tradition qui consiste à verser du rhum au sol, en honneur aux ancêtres disparus, NDLR). » « Je dédie ce déjeuner aux rois et reines, aux Razambe (grands ancêtres, NDLR) », lance Onja, l’un des invités. « Et merci à Carine de nous avoir accueillis ici », poursuit-il.
Rencontrer des personnes engagées
Autour des plats, les discussions s’enchaînent. Politique, création, développement du pays, écologie du quotidien… « J’aime rencontrer les personnes qui viennent au Zoma Maninona. C’est l’occasion pour moi de rencontrer plusieurs personnes de différents milieux, qui sont souvent aussi très engagées pour le développement de Madagascar. C’est le seul événement, je pense, où on peut vraiment échanger, partager des idées et s’inspirer aussi de ce que Carine propose, parce que c’est vraiment de la recherche », reprend Onja.
Une démarche écologique jusque dans les détails du service. « Je vais maintenant démouler les cakes et les servir dans des coco-bols. J’utilise toujours des objets recyclés, pour lutter contre l’usage unique et aussi pour pouvoir lutter contre la profusion de la vaisselle plastique », explique Carine Ratovonarivo.
Au Zoma Maninona, le repas devient un espace de réflexion sur nos manières de consommer, mais également de se rencontrer. Un déjeuner transformé, par une artiste, en geste à la fois culturel, politique et profondément écologique.
À lire aussiComment restituer l’Histoire de Madagascar?













Add Comment