Afrique

Soudan du Sud: l’hôpital de MSF de Lankien, ouvert dans les années 1990, a été quasiment détruit [1/2]

Au Soudan du Sud, le conflit dans le nord de l’État du Jonglei a fait plus de 300 000 déplacés depuis début 2026. Ce conflit oppose les signataires de l’accord de paix de 2018, c’est-à-dire les forces du président Salva Kiir et celles de Riek Machar, vice-président aujourd’hui détenu et en procès à Juba. RFI a pu se rendre à Lankien, à 400 kilomètres au nord-est de la capitale. Cette ville du Nord a été complètement ravagée par le conflit, et l’hôpital de l’ONG Médecins sans frontières (MSF), qui existait là-bas depuis plus de 30 ans, n’a pas été épargné. Cette structure, vitale pour 250 000 personnes, a été entièrement détruite en février 2026. Une équipe de MSF est retournée sur le site de l’hôpital pour la première fois, en avril. Notre correspondante l’a accompagnée.

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« Comment dire… C’est une destruction généralisée », lâche Ben Greenacre, chargé des affaires humanitaires pour Médecins sans frontières au Soudan du Sud. Avec quatre collègues, il découvre avec stupéfaction l’étendue des dégâts à l’hôpital MSF de Lankien, dans le Jonglei : « Le matériel médical a été réduit en détritus. Toutes sortes de matériaux ont été jetés par terre. C’est clairement le résultat du pillage de l’hôpital. »

Évacué le 3 février 2026, l’hôpital a été bombardé le soir-même par l’aviation sud-soudanaise. Il a été complètement saccagé, après que l’armée gouvernementale a pris la ville de Lankien, jusque-là bastion de l’opposition : « Nous sommes au Soudan du Sud depuis plus de 40 ans, et ici, à Lankien, depuis 33 ans. Des générations entières sont nées, ont été soignées et ont travaillé à l’hôpital MSF. Aujourd’hui, la destruction est quasi-totale. »

Déambulant d’un pavillon à l’autre, l’équipe observe que tous les lits, tous les meubles de l’hôpital ont disparu. Tout ce qui ne pouvait pas être volé a été cassé, brûlé, jeté dehors. Des milliers de documents et de registres tapissent le sol des allées extérieures. Un employé local de MSF, présent le jour du bombardement, témoigne de façon anonyme : « Nous avions 48 patients, dont 26 soignés pour des blessures par balle. Nous les avons tous fait sortir et avons fermé l’hôpital le 3 février. Et, puis le soir-même, nous avons entendu quand un avion a lâché une bombe sur notre pharmacie. Trois jours plus tard, la ville a été capturée par l’armée gouvernementale et ses milices alliées. »

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« Il y a un cratère au milieu de l’hôpital »

Les 20 000 habitants de Lankien ont fui. C’est dans les jours suivant l’arrivée des troupes gouvernementales que la destruction de l’hôpital et de la ville a eu lieu. Les responsables du pillage n’ont pas été clairement identifiés par MSF, dont les employés ont fui la ville eux aussi. Mais tout indique que ce sont les forces pro-gouvernementales qui ont voulu priver Lankien d’hôpital, comme pour punir la communauté pour son soutien supposé au mouvement de Riek Machar.

Yashovardhan, chef de mission MSF, n’en croit pas ses yeux : « Je n’ai jamais rien vu de tel. Il y a un cratère au milieu de l’hôpital à cause du bombardement aérien. Et tout le complexe autour a été saccagé. Vous pouvez voir que cela a été fait de façon intentionnelle, pour que MSF n’ait pas d’autre choix que de fermer cet hôpital. »

L’hôpital de Lankien est le quatrième hôpital fermé par MSF au Soudan du Sud depuis la reprise des combats début 2025.

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This post was originally published on RFI