Afrique

En Afrique du Sud, l’art et les mouvements de Dada Masilo continuent de vivre sur scène

La chorégraphe originaire du township de Soweto est décédée fin 2024, à l’âge de 39 ans, créant un grand vide dans le monde de la danse. Elle laisse derrière elle plusieurs relectures et réinventions de classiques européens, comme le Lac des cygnes ou Roméo et Juliette. Des danseurs continuent de préserver ses œuvres et de les partager. À Johannesburg, ce week-end du 16 mai, les spectateurs ont pu assister à sa version d’Hamlet de Shakespeare.

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De notre correspondante à Johannesburg, 

Sur la scène du Market Theatre, les chorégraphies interprétées par la troupe portent bien l’empreinte de Dada Masilo. Les mouvements sont vifs, saccadés, explosifs ; l’histoire est racontée du point de vue féminin et les personnages défient les normes de genre. « Il est clair qu’elle nous a laissé un bel héritage. Tout le monde ressort de la salle impressionné et, même si elle nous a quittés beaucoup trop tôt, elle a incontestablement laissé une empreinte très forte », affirme Lesedi en sortant du spectacle, émue.

Pour les artistes qui faisaient partie de la troupe de Dada Masilo, comme Thuso Lobeko, il aura fallu un long temps de deuil avant de parvenir à danser, à nouveau, l’un de ses spectacles : « Ça nous a pris une année entière. En 2025, on n’a rien pu faire autour du travail de Dada. On a tout arrêté et c’est seulement maintenant qu’on a décidé qu’on était prêts pour tenter de poursuivre ce qu’elle a commencé, confie-t-il. Au tout début, lors de la première semaine de répétitions, j’étais bouleversé, car j’avais l’impression qu’elle était là. Il y avait plein de petites choses qui n’arrêtaient pas de me faire penser à elle. J’espère qu’elle aurait aimé ce qu’on fait, et je sais qu’elle serait fière que l’on préserve son œuvre en continuant son travail. »

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« Elle a transformé le monde de la danse »

Ceux qui ont eu la chance de danser à ses côtés, comme Lehlohonolo Madise – choisie pour jouer Ophélie –, ont dû s’appliquer à transmettre ce style si particulier aux nouveaux venus de la troupe : « C’est un style qui mélange un peu de danse classique, avec des mouvements africains, explique-t-elle. Elle a transformé le monde de la danse, et ce qu’elle faisait était très différent de tous les autres chorégraphes du pays. » Dans Hamlet, comme dans plusieurs créations de l’artiste, l’œuvre européenne se retrouve déconstruite puis réinventée à travers un regard sud-africain.

Llewellyn Mnguni, interprète de Gertrude et assistant-chorégraphe, a travaillé pendant douze ans aux côtés de Dada Masilo. « C’est comme si on allait rouvrir des archives et creuser dans nos propres mémoires, pour nous souvenir de la façon dont elle faisait ce travail, pourquoi elle créait ces mouvements et comment elle tissait des histoires ensemble, souligne-t-iel. Elle a créé une œuvre très importante et cela m’inquiétait de savoir si cela allait être préservé et si la prochaine génération pourrait en faire l’expérience. »

Ce spectacle part désormais en tournée, cette semaine, en Angleterre, puis en Allemagne, avec la volonté de perpétuer l’héritage artistique de la chorégraphe regrettée.

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This post was originally published on RFI