Dans les années 1960, une Américaine afro-descendante, née dans une ferme près de Pittsburgh en Pennsylvanie, fait son apparition sur la scène parisienne et devient rapidement une fée, et une référence pour le cinéma africain qui la considère comme pionnière et s’identifie à elle : il s’agit de Marpessa Dawn. Danseuse, chanteuse et comédienne, elle est encore aujourd’hui la fierté des afro-descendants. Le portrait de cette femme qui a marqué, un moment, la croisette de Cannes, le public et le monde du cinéma à Paris et ailleurs.
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Marpessa Dawn – Gypsy Marpessa Menor de son vrai nom – est née en janvier 1934 aux États-Unis, pays qu’elle quitte adolescente pour s’installer en Europe, d’abord en Angleterre, puis en France.
Elle danse, chante et figure ou joue de petits rôles dans des courts-métrages et des séries télévisées. Elle apparaît dans le court-métrage Afrique sur Seine, réalisé en 1955 par un collectif d’Africains, étudiants en cinéma à Paris. De nationalité franco-américaine, elle est considérée comme Africaine. Rahmatou Keïta, réalisatrice du Niger qui travaille sur les pionnières du cinéma africain, explique :
« L’Afrique, c’est un seul monde. Quand on commence à parler de nos héritages, c’est sur le continent africain et tous les continents où les nôtres ont été déportés, ainsi que leurs descendants. Donc c’est aussi ce qui fait que l’on peut se réclamer de son héritage. C’est aussi parce que le premier film où on la voit est ”Afrique sur Seine”. C’est aussi le fait qu’elle soit à la fois méricaine et vivant en France qui fait que l’on se réclame d’elle un peu plus. C’est une vision de l’Afrique qui est comme ça. »
Albert Camus la rend célèbre
La chance sourit à Marpessa Dawn lorsqu’elle rencontre, en participant à un cabaret antillais joué à Montmartre, le réalisateur Marcel Camus. Il fait d’elle, à l’âge de 24 ans, Eurydice dans son film Orfeu Negro, primé de la Palme d’or au Festival de Cannes en 1959, puis du Golden Globe et de l’Oscar du Meilleur film étranger l’année suivante. Elle devient célèbre, une vedette, « l’une des vedettes préférées des Parisiens », écrivait le journal Le Monde à l’époque. Mais elle ne semble pas aimer ce mot… Extrait d’archive de l’INA :
« Oui, on a fait de Marpessa Dawn une vedette. Je ne sais pas si je comprends ce que ce mot veut dire. Le mot “vedette”, pour moi, il est très superficiel. Je ne sais pas ce que j’étais pour les autres. Moi, j’ai toujours fait mon travail en tant que comédienne et actrice et, jusqu’ici, j’ai toujours eu de la chance de travailler dans ce domaine. Alors vedette, je ne sais pas. »
Marpessa Dawn espérait, après Orfeu Negro, prolonger sa carrière artistique en bénéficiant de la notoriété acquise, mais sans succès. « Elle n’a pas eu une très grande carrière, même si elle était extraordinaire. C’est une grande actrice, et c’est dommage que le cinéma français n’ait pas profité de ses talents, de sa beauté et de sa présence. Le public aurait voulu la voir tout le temps et beaucoup », reprend Rahmatou Keïta.
Cette « Chérie noire » (titre d’une comédie théâtrale à succès à laquelle elle a participé) a eu du mal à percer dans le milieu du cinéma conventionnel de l’époque. Elle n’a finalement joué que dans une dizaine de films, plutôt des rôles exotiques ou exubérants. Elle était Malika, par exemple, dans le film Le Trésor des hommes bleus, réalisé par Edmond Agabra et Marco Ferreri, sorti en 1961, ou encore une prostituée dans le film policier Bel Ordure de Jean Marbeuf, réalisé en 1973.
Rahmatou Keïta l’a personnellement connue : « Moi, j’ai eu le plaisir, l’honneur et le bonheur d’avoir rencontré Marpessa Dawn. C’était à l’avant-première de mon film ”A’lessi”. Je faisais une projection avec des amis et Sarah Maldoror est venue avec Marpessa Dawn. Sarah Maldoror qui est aussi une de nos pionnières, parce que c’est la première femme d’origine africaine à avoir fait un long métrage de fiction. Et elle a eu un Tanit d’or. C’était incroyable. Elle me dit : ”Voilà Rahmatou, c’est Marpessa Dawn.” Alors, tout le monde se retourne pour la regarder… Elle était toujours sublime, avec ce beau sourire, très belle. Après, on a pris un verre ensemble, il y avait un cocktail. On a discuté, et c’était vraiment un moment incroyable que je garde toujours. »
Marpessa Dawn est morte en août 2008 à Paris, après avoir mené une vie modeste.
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