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Ebola en RDC: «Presque chaque épidémie a sa légende»

En Ituri, l’épidémie d’Ebola s’est d’abord heurtée à une croyance, avant de rencontrer la médecine. Selon le ministre de la Santé Roger Kamba, le premier malade est mort à Bunia, son corps rapatrié à Mongbwalu dans un cercueil abîmé en route, que la famille a remplacé. Le premier cercueil a ensuite été brûlé. Une rumeur a alors couru : ce serait lui qui « poursuivait » les habitants. Beaucoup ont parlé de sorcellerie plutôt que de maladie, retardant le recours aux soins. Sur RFI, le professeur Jean-Jacques Muyembe, qui a co-identifié le virus en 1976, élargit le regard : presque chaque épidémie d’Ebola, dit-il, s’accompagne d’une légende. 

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RFI : Directeur général de l’INRB (Institut national de recherche biomédicale)vous êtes reconnu comme codécouvreur du virus Ebola. Vous dites que chaque épidémie d’Ebola est toujours accompagnée d’un mythe, d’une légende…

Jean-Jacques Muyembe : Les légendes, ce sont ces événements vraiment qui perturbent la réponse aux épidémies d’Ebola. Par exemple, à Kikwit, en 1995, l’épidémie a été détectée avec beaucoup de retard parce que la population expliquait que les morts qui survenaient dans la ville étaient simplement liés à une famille, qui aurait volé le gibier dans les pièges d’une autre famille. Et alors on aurait jeté le mauvais sort. Et tous ceux qui mangeaient les gibiers tombaient malades et mouraient. Donc, c’était un problème de famille. Alors ça, ça a vraiment retardé la détection de l’épidémie qui avait commencé en janvier. Mais l’épidémie a été détectée seulement en mai.

Nous avons vu la même chose avec l’épidémie de Bundibugyo en Ituri, parce qu’un cadavre a été transporté de Bunia à Mongbwalu. Et quand les parents se sont rendu compte que le cercueil dans lequel on avait mis le cadavre n’était pas le cercueil qui convenait à son niveau social, on a transvasé les corps dans un autre cercueil. Et alors la légende disait que le cercueil se vengeait pour aller infecter d’autres personnes dans le village.

Et donc on a associé cette épidémie avec ce premier mort, et on a décrété que c’était le cercueil qui avait porté malheur dans le village. C’est pour cette raison que le personnel de santé n’a pas notifié à temps l’épidémie. On est en train de faire des investigations. Il est presque certain que cette épidémie a commencé au mois de janvier et n’a été déclarée qu’au mois de mai.

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Il y a eu au Congo 17 épidémies Ebola et les 17 épidémies ont toutes été accompagnées de légendes ?

Oui, des légendes plus ou moins importantes. Toutes les légendes ne se valent pas.

 Et comment on combat les légendes ? Est-ce qu’on va dire à la communauté que ceci est vrai, ceci est faux ?

C’est vraiment difficile, ça. Il faut vraiment des études d’anthropologues, de sociologues pour investiguer et essayer de comprendre la mentalité. Ce sont des croyances, c’est ce qui rend vraiment la lutte très compliquée parce qu’ils vont dire : « Oui, mais nos ancêtres ont toujours fait ça, nos ancêtres ont toujours dit ça. Alors pourquoi maintenant, vous nous dites que c’est Ebola ? » C’est ça qui crée la méfiance dans la communauté.

Est-ce que c’est une expérience purement congolaise ou bien cela existe aussi dans d’autres pays où il y a eu des épidémies d’Ebola ?

J’ai vu par exemple au Congo Brazzaville lors de l’épidémie de 2003, on disait que ce n’était pas une maladie naturelle, mais une maladie importée par les gens, les rosicruciens, les francs-maçons qui étaient là-bas. D’ailleurs, un moniteur a même été assassiné, car accusé d’être un franc-maçon, on a dit qu’il avait amené la maladie.

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Historiquement, comment dans vos équipes de riposte avez-vous réagi face aux légendes ?

À la première épidémie en 1976, tous les intervenants étaient soit des épidémiologistes, soit des virologues, soit des médecins. Et il y a des aspects qui nous échappaient.

À Kikwit, en 1995, j’ai introduit une équipe multidisciplinaire. Il y avait des psychologues, il y avait des anthropologues, des sociologues, en plus des épidémiologistes et des médecins.

Ce sont les anthropologues et les sociologues qui sont allés dans les communautés parler avec la population pour comprendre la perception qu’ils avaient de la maladie.

Est-ce qu’avec la montée des réseaux sociaux, mais aussi parallèlement, la montée également de l’alphabétisation, vous avez l’impression que les légendes ont plus de poids aujourd’hui ? Ou bien tendent-elles à être relativisées ?

Pour moi, les réseaux sociaux, c’est à la fois bien et à la fois compliqué, parce que les réseaux sociaux vont également créer les infodémies et répandent vite des nouvelles qui ne sont pas exactes. Et donc, s’il y a une légende, cette légende va se répandre très vite et ça complique la situation sur le terrain.

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This post was originally published on RFI

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