Après des décennies marquées par des crises politiques et sécuritaires ayant freiné l’essor économique de son pays, le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, affiche une ambition claire : faire de l’agriculture le pilier stratégique du développement national. L’objectif est de stimuler la création de richesses, générer des emplois durables, accroître les recettes d’exportation et garantir la sécurité alimentaire. Dans un pays où la majorité de la population vit essentiellement de l’agriculture, la modernisation du secteur apparaît désormais comme une priorité incontournable.
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Avec notre correspondant à Bangui,
Au cœur de ces champs de maïs, d’arachides et de manioc, la saison des récoltes marque, en Centrafrique, l’aboutissement de longs mois de patience et d’efforts, où le travail accompli prend enfin tout son sens. Pour Gustave, propriétaire de la plantation, cette période représente non seulement un moment pour tirer profit de son travail, mais aussi une occasion d’envisager des améliorations concrètes afin d’optimiser les conditions de travail : « Cela fait 20 ans que je suis dans l’agriculture, mais rien ne change vraiment pour nous. Nous avons des terres en abondance, mais nous n’avons pas la capacité d’augmenter les superficies cultivées. Il nous manque des crédits agricoles et du matériel, pour mieux faire. »
Sous la surface du sol, l’arachide dissimule sa richesse. Pour la récolter, il faut extraire la plante, la débarrasser de la terre qui l’enveloppe. Ici, les familles travaillent collectivement, avec des méthodes simples et traditionnelles. « Nous vendons nos produits à l’état brut après la récolte. Il n’existe pas de stratégie efficace de transformation locale. Trop souvent, nous les vendons à bas prix, puis ils nous reviennent transformés à un coût plus élevé. Le travail est pénible, car nous travaillons manuellement », regrette Élodie, qui est cultivatrice.
« Notre priorité est d’investir dans la mécanisation, l’irrigation et l’accès à des intrants de bonne qualité »
Confronté à de multiples défis, le gouvernement affiche de grandes ambitions. Lors de sa première prise de parole après sa réélection pour un nouveau mandat de sept ans, le président Faustin-Archange Touadéra a réaffirmé sa volonté de faire de l’agriculture le pilier stratégique de l’économie nationale : « Notre priorité est d’investir dans la mécanisation, l’irrigation et l’accès à des intrants de bonne qualité. Il s’agit de promouvoir une agriculture moderne afin d’augmenter les rendements. De nombreux agriculteurs ont des projets viables, mais manquent de moyens financiers. Nous allons les former aux bonnes pratiques agricoles et créer un fonds national de crédit agricole. Les banques locales nous aideront à renforcer ce dispositif. »
Pour des économistes tels que Lorenzo Ganazoui, une seule solution s’impose : relancer de vastes activités agricoles dans les zones contrôlées par l’État. « Il fut un temps où la croissance du produit intérieur brut était à 55% portée par l’agriculture. Et aujourd’hui, quand vous posez la question aux décideurs, ils disent que c’est l’insécurité répétitive qui fait en sorte qu’il y a eu délaissement de ce secteur », détaille cet expert. Il s’interroge sur la lenteur des investissements malgré l’amélioration sécuritaire dans certaines régions du pays : « Pourquoi est-ce qu’on n’a pas pris le temps de commencer à intensifier l’agriculture dans ces zones-là, en attendant de pacifier les autres zones ? Attendre à ce qu’on puisse pacifier tout le territoire avant de penser à porter l’économie agricole, c’est attendre une éternité qui n’existerait jamais. »
Aujourd’hui, la sécurisation des zones agricoles demeure un enjeu majeur. De nombreux villages continuent d’être la cible d’attaques des coupeurs de route. Ces incursions répétées entravent momentanément les activités agricoles des populations du nord-ouest et du sud-est.
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