Afrique

Kriol Jazz festival: Ismaël Lô, ici ou ailleurs commence l’enchantement

Cette semaine, c’est à Praia, la capitale du Cap-Vert, que l’on retrouve un homme attachant, une immense voix d’Afrique connue dans le monde entier : le Sénégalais Ismaël Lô, qui jouait en avril sur la mythique scène du Kriol Jazz Festival au Cap-Vert.

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L’homme est si discret et se fait si rare que croiser la route d’Ismaël Lô, c’est un peu comme la première pluie de la saison : c’est un don et ses mots, des gouttes d’eau qui deviennent un torrent de vie. Une plongée pleine de beauté dans l’histoire contemporaine du Sénégal : « Le premier rapport avec la musique, ce qui a le plus déclenché cela, j’avais mes aînés, ils avaient une association, les “demi-sel” et les “shadows”, à longueur de journée, ils étaient à la maison, ils passaient de la musique, c’était l’époque des vinyles, se rappelle le musicien. Otis Redding, James Brown, Miriam Makeba et tous les autres. Jimmy Hendrix ? Quand j’ai vu la guitare sur la pochette du disque, j’ai dit : “Moi, je vais me faire une guitare.” »   

Un bout de bois, du fil de pêche, des clous, la ville de Rufisque en toile de fond, Ismaël Lô file sur ses dix ans lorsqu’il se lance dans la fabrication de sa première guitare : « Voilà, j’ai pris le contreplaqué et comme je suis dessinateur, j’ai dessiné la forme de la guitare électrique. Et j’ai fixé un pot ovale en métal, un pot qui contenait de la poudre pour les femmes, explique-t-il. Et j’arrivais à jouer les airs que je voulais, mais c’était une guitare monocorde ! »

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« L’aliment le plus essentiel : c’est l’Amour »

D’une guitare à une autre, d’une immense déception liée à un troc de timbres raté au plaisir d’un voisin heureux de prêter sa 6 cordes à un adolescent, Ismaël Lô a toujours suivi son étoile : « C’était une passion, parfois j’avais l’impression d’être hanté par quelque chose, ce qui te pousse à écrire. Il m’arrive de me dire, mais comment cela se fait ? On dit que c’est lié aux anges, je ne sais pas comment cela vient. Tu me fais voyager, quand je remonte cette histoire, c’est vrai, c’est palpitant. »  

Interroge-toi, aime répéter Ismaël Lô, demande-toi pourquoi tu es là, quel est ton rôle. D’une grande pudeur, l’artiste refuse de le reconnaitre, de l’admettre : peu d’hommes ont son immense bonté. Fracassé par l’état du monde, par l’état de son continent chéri, Ismaël Lô, métis du Niger où il est né et du Sénégal, porte cette envie de révolution, ce besoin de chérir les autres qui fait de lui un porte-parole de ceux qui vivent d’amour : « Le monde est devenu compliqué, donc œuvrons pour la paix, que les gens soient tranquilles, que les gens soient heureux, cette vie est tellement courte, s’exclame-t-il. Il faut donner aux gens du lait, du sucre, du pain et surtout l’aliment le plus essentiel : c’est l’Amour. »

Prise de son et mixage du concert à Praia : Éric Peycelon.

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This post was originally published on RFI