Afrique

Guerre au Soudan: pour les réfugiés au Tchad, l’espoir de migrer en Europe

Plus de 1,3 million de Soudanais sont réfugiés au Tchad et, parmi eux, 920 000 sont arrivés depuis le début de la guerre au Soudan en 2023. Dans l’est du Tchad, une personne sur trois est réfugiée. À une vingtaine de kilomètres de la ville d’Abéché se trouve le site informel d’Abougoudam. Créé par le HCR en décembre 2023, quelques mois après le début de la guerre, ce site est particulier : il abrite des profils dits « sensibles ». 

Publicité

De notre envoyée spéciale de retour d’Abougoudam, 

Une cinquantaine de tentes blanches s’alignent sous un soleil de plomb, à quelques minutes de route du centre-ville d’Abougoudam. Officiellement, c’est un site « informel ». Officieusement, c’est une zone tampon créée par le HCR. Ici, on a regroupé des profils dits « sensibles » : des Arabes soudanais. 

Au Soudan, leur ethnie est associée aux paramilitaires FSR, accusés de massacres à caractère ethnique contre les populations « non-arabes », principalement Masalit et Zaghawa. Alors, pour éviter que la guerre civile ne s’exporte dans les camps du Tchad, le HCR a choisi de les isoler.

Abderrahman Adalil Al Moubakkar a perdu l’usage de ses jambes pendant la guerre. Il vit ici depuis deux ans. Pour lui, être Arabe au Soudan, c’était être une cible de l’armée régulière soudanaise. « Nous, les Arabes du Darfour, on était systématiquement associés au FSR. On avait beau dire que ce n’était pas le cas, l’armée nous disait : “Vous êtes FSR.” », témoigne-t-il.

À lire aussi«Ce n’est pas encore le bon moment»: le difficile retour des Soudanais réfugiés en Égypte

Un piège humanitaire

Mais cet isolement sécuritaire est devenu un piège humanitaire. Le camp compte moins de 1 000 personnes. Trop peu pour les standards du Programme alimentaire mondial, qui n’enclenche ses distributions qu’à partir de 5 000 bénéficiaires. Résultat : les assiettes sont vides. Et par manque de financements, les derniers versements de cash du HCR remontent à décembre 2025.

« Ils nous ont installés ici et nous ont abandonnés, dénonce Afaf Aboubaker Yahya. Cette mère de neuf enfants ne cache plus sa colère. On se plaint auprès du préfet mais rien n’y fait et les ONG ne viennent pas ici ou très rarement. Ce sont de généreux donateurs qui nous aident. La dernière fois, c’était pendant le ramadan. On a eu de l’huile, du sucre, du riz… mais rien depuis. Et ici il n’y a pas du tout de travail. » 

Pour les plus jeunes, le désespoir prend la forme d’une route longue de plusieurs milliers de kilomètres. Le fils aîné d’Afaf a 25 ans, il refuse de donner son nom, mais il est transparent sur son envie de rejoindre l’Europe. « Nous sommes détruits par ce conflit entre groupes armés, confie-t-il. J’étais étudiant avant, mais quel est mon avenir maintenant que je suis ici ? Au Soudan non plus je n’ai pas d’avenir. Mon avenir n’est pas ici. Il est en Europe, en Espagne ou en France. C’est ma seule issue. Mon seul objectif est de rejoindre le circuit pour partir en Espagne. » 

Une quête désespérée que toute la famille soutient. Afaf, son mari et les huit autres enfants économisent chaque centime pour financer le voyage clandestin de l’aîné. 

À lire aussi«Dans ces moments-là, mourir est une délivrance»: le récit d’Ali, survivant de la guerre au Soudan

This post was originally published on RFI