Direction Praia, au Cap-Vert, où s’est déroulée, le week-end du 9 avril, la 15ᵉ édition du Kriol Jazz Festival. Cet évènement magique a réuni des artistes du monde entier, notamment les Quatre Étoiles du Zaïre, un groupe mythique dans lequel chante une légende de la rumba congolaise, Nyboma.
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Malgré le temps, Nyboma, Laurent Danos David à l’état civil, a gardé son regard d’enfant. Joyeusement blagueur et si sensible, le chanteur a découvert son amour pour la musique où il est né, à Nioki. « Je chantais dans les églises au pays à Nioki. Et puis il y avait la radio, la radio Kinshasa diffusait un peu partout en Afrique, se rappelle-t-il, même au fin fond des villages, on la captait ! »
Et sur son poste de radio à piles, Nyboma a tout de suite été saisi par une voix, celle d’un seigneur, Tabu Ley Rochereau. « Tabu Ley, c’est un papa pour moi, c’est un père spirituel, souligne le chanteur avec émotion. Car s’il n’était pas là, je ne serais pas devenu Nyboma. Tabu Ley faisait des textes extraordinaires, il donnait des conseils aux gens. Donc, moi aussi j’ai suivi cette ligne-là, de donner des conseils aux gens. »
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« On est toujours colonisé aujourd’hui »
Né en 1952, Nyboma avait 8 ans à l’indépendance de la République du Congo. Devenu un doyen de la rumba, l’artiste a un regard attristé sur la vie politique de son pays. « Le nom de l’indépendance, pour nous, c’est vraiment la liberté. Chez nous, les Congolais, l’indépendance, c’est carrément la liberté de faire tout ce que tu veux. Mais en fait, on est toujours colonisé aujourd’hui, juge-t-il. Je n’ai jamais vu de diamant, jamais vu de coltan. Alors, quelle est cette indépendance-là ? »
Liberté de parole unique pour cette immense voix, Nyboma aime raconter qu’il compose même dans ses rêves et qu’il chantera son amour du monde jusqu’à son dernier souffle. « On continue pour l’amour du ciel, pour l’amour du peuple, déclare le chanteur. Quand j’écoute ces chansons, ça me guérit. Parce que le monde, c’est comme un tourbillon, on ne sait pas jusqu’où on va aller. Ce qu’on a dans le cœur, on va le chanter pour adoucir les mœurs. »
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