Afrique

Somalie: au Puntland, une clinique face aux coupes de l’aide humanitaire internationale [3/4]

En Somalie, la sécheresse intense de ces dernières années a des conséquences sur la santé de la population et, depuis 2023, il est de plus en plus difficile de se soigner, car le pays a subi d’importantes coupes budgétaires dans l’aide humanitaire internationale. Le programme d’aide étatsunien, par exemple, a été stoppé soudainement par Donald Trump l’an dernier, suivi par des réductions d’aide d’autres puissances, comme l’Union européenne. Conséquences : certaines cliniques rurales survivent dans une grande précarité avec un personnel souvent bénévole.

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De notre envoyée spéciale à Shaxda, 

Omar Gure, directeur de la clinique de Shaxda, village situé dans la région du Puntland, au nord du pays, fait visiter son établissement : une pièce étroite pour garder le froid, une gigantesque glacière bleue qui contient le vaccin contre le BCG/tuberculose, la salle d’accouchement très simple ou encore la pharmacie, bien peu fournie en ce moment. Dans sa blouse blanche, le quadragénaire évoque avec nostalgie ses nombreuses années au sein de la clinique : « Les gens étaient très contents de nos services. Nous avions tous les médicaments nécessaires et le personnel était très enthousiaste. On recevait des formations et on était payés. »

Un salaire, Omar n’en a pas reçu depuis trois ans. C’est la même chose pour son équipe réduite de 16 à 9 personnes. En cause, les coupes budgétaires dans l’aide humanitaire internationale. Fatuma Umar est sage-femme depuis 30 ans, dont presque 20 à la clinique de Shaxda. Elle vit au quotidien les effets de ce manque d’aide : « Il y a un effet concret, par exemple nous n’avions plus de désinfectant et nous avons dû l’acheter avec notre propre argent, témoigne-t-elle, nous n’avons plus d’antidouleurs pour les accouchements, tout est très réduit. »

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« 54 % de l’aide humanitaire venait des États-Unis, c’est terminé »

La clinique fonctionne grâce au bénévolat de son équipe et aux dons de médicaments privés. Ce jour-là, Safia Abokar, une patiente de 60 ans, vient se faire soigner pour des vomissements et des douleurs au ventre. Elle est heureuse de pouvoir être prise en charge. « Je suis heureuse de pouvoir être soignée et recevoir des médicaments alors que je sais que le personnel n’est pas payé », confie-t-elle.

Tous n’ont pas la chance de Safia. Avec la sécheresse, la région accueille beaucoup de déplacés climatiques, certains vivant dans des endroits reculés. L’an dernier, un enfant de 6 ans est mort faute d’arriver à temps à la clinique. Si les besoins augmentent, les financements, eux, s’amenuisent, comme l’explique Hassan Isse, directeur du Sodma, le centre de gestion des catastrophes en Somalie : « 54 % de l’aide humanitaire venait des États-Unis, mais c’est terminé. »

Le gouvernement somalien estime que 12 % des besoins humanitaires du pays sont couverts. Dans sa clinique de Shaxda, Omar Gure et ses équipes se sont promis d’assurer leurs services jusqu’à ce qu’il ne reste plus aucun cachet à distribuer. 

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This post was originally published on RFI