Comment le cinéma a traité le génocide des Tutsis au Rwanda ? Le génocide des Tutsis a eu lieu au Rwanda en 1994. Avant cette date, le cinéma rwandais n’existait pas à proprement parler, quelques films seulement, tournés par des Occidentaux dans le pays. Après le génocide, ce sont aussi des réalisateurs étrangers qui ont tourné des films sur le génocide. Il existe une trentaine de films de fiction et de documentaires qui traitent du sujet. Parmi eux, très peu de réalisateurs rwandais ont approché le sujet. Le film Ben’imana, de Marie-Clémentine Dusabejambo, a été primé en mai dernier au festival de Cannes où il a obtenu le prix de la Caméra d’or qui récompense la meilleure première œuvre. Il exprime l’approche différente de la nouvelle génération face à cette page sombre de l’histoire du Rwanda.
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Il a fallu dix ans après le génocide pour que le réalisateur rwandais Eric Kabera se saisisse du sujet. Ce journaliste produit et réalise, en 2004, Les Gardiens de la mémoire, qui immortalise les récits des survivants et auteurs du génocide, avec une grande sensibilité. Ce réalisateur a perdu 27 membres de sa famille en 1994. Il est également coproducteur du film 100 jours, réalisé par le Britannique Nick Hughes. Sorti en 2001, il est considéré comme le premier film sur le génocide. En 2011, le premier documentaire rwandais sur le sujet voit le jour : il s’agit de Matière grise de Kivu Ruhorahoza. Puis, des cinéastes américains, canadiens, britanniques, français, un Haïtien, Raoul Peck, et un Afghan, Atiq Rahimi, se sont également penchés sur ce thème.
Marie-Clémentine Dusabejambo, détentrice de la Caméra d’or 2026 : « Nous, on est la première génération au Rwanda à faire des films. Faire des films au Rwanda, ça a commencé après le génocide par les étrangers. Et c’est là que les Rwandais ont découvert l’art du cinéma, en travaillant sur les films des autres, ces étrangers qui sont venus au Rwanda pour parler du génocide qui venait de se passer. Le cinéma rwandais a vu le jour après le génocide en 1994. Ce n’est pas comme dans les autres pays africains. Ces films-là qui ont été faits par des étrangers, ça nous a ouvert les yeux pour raconter nos histoires, et préserver la mémoire, mais à chaque fois, ce n’est pas la même chose. Dans les films faits par les Rwandais, tu sens les émotions. Aussi, dans la parole et le vocabulaire utilisé par le Rwandais en parlant du génocide, il y a une certaine forme de distance, mais il y a aussi le poids du passé. »
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« Il y a tout un tissu familial qui a été détruit » avec le génocide
Dans Ben’imana, Marie-Clémentine Dusabejambo se tourne vers la thématique de la réconciliation vue par les femmes dans la période post-conflit. Elle parle du présent et du courage de ces femmes : « Pour moi, ce qui m’intéressait dans l’après, c’est tout ce qui se passe dans le quotidien, le silence qui existe entre notre génération et celle de nos parents. Dans l’après-guerre, comment est-ce que les gens arrivent à vivre ensemble, surtout que le génocide au Rwanda, il a été entre les Rwandais, dans les familles, et donc il y a tout un tissu familial qui a été détruit et que dans l’après-génocide c’est encore au cœur de cette famille qu’il fallait trouver des solutions, et donc je voulais suivre cette force, ce cœur des mères, je voulais capter ça, cette lumière-là qu’elles essayaient de construire, de rallumer et je voulais aussi quelque chose qui ait de la signification pour moi et pour ma génération. »
Le Rwanda compte aujourd’hui une quinzaine de réalisateurs. Avec son premier film, Marie-Clémentine Dusabejambo s’est déjà placée parmi les grands. Ben’imana sera bientôt projeté à Kigali.
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