Bill Gates, Aga Khan ou encore Tony Elumelu… Tous ont des fondations très actives en Afrique et qui prennent de plus en plus de place à l’heure où l’aide publique au développement est en net recul. En 2025, c’est moins 23 %, soit près de 50 milliards de dollars en moins pour les pays en développement. Dans quelle mesure la philanthropie peut-elle et doit-elle remplacer les aides d’État ?
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Dans le monde de l’entrepreneuriat, beaucoup comptent sur les « business angels ». Ces patrons qui font bénéficier des jeunes pousses de leurs carnets d’adresse et de leurs investissements. Le Sénégalais Malick Diouf, à la tête de la start-up Lafricamobile, est l’un d’entre eux : « Il m’est arrivé de rencontrer des entrepreneurs avec qui j’ai des correspondances, en tout cas des intérêts [communs] par rapport à ce que je fais au niveau de l’AfricaMobile. Ces entrepreneurs-là n’avaient pas besoin de “grand-chose”, entre guillemets. Mais ils avaient besoin de ce cash-là, à ce moment-là précis, pour leur permettre de passer à l’échelle supérieure. Je suis très fier aussi de pouvoir donner aux écosystèmes ce qu’ils m’ont donné avant, tout simplement. »
L’autonomisation économique par la philanthropie
Figure bien connue de la philanthropie sur le continent, le Nigérian Tony Elumelu. Sur les dix dernières années, sa fondation a investi 130 millions de dollars pour aider de jeunes entrepreneurs à se lancer. « Nous sommes convaincus que l’entrepreneuriat est le moyen le plus efficace pour parvenir à l’autonomisation économique, ce dont le continent africain a désespérément besoin. Tel est donc notre rôle au sein de la Fondation Tony Elumelu : donner aux entrepreneurs les moyens de créer des emplois et des opportunités économiques non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour des millions d’autres jeunes à travers l’Afrique », explique Somachi Chris-Asoluka, la directrice de la fondation.
Pour la fondation, ce changement structurel doit permettre de repenser la notion de l’aide sur le continent. « Nous pensons qu’il est temps d’aborder et de débattre de la notion de don et de développement au XXIᵉ siècle. C’est un modèle de développement qui est désormais dépassé », assure la directrice de la fondation. « Nos jeunes Africains n’attendent pas l’aumône. Ils sont brillants. Ils sont innovants, dotés d’un esprit d’entreprise. C’est sur cela que nous devrions tous nous concentrer en priorité : leur donner les moyens d’agir et leur offrir le financement, la visibilité et la plateforme qu’ils méritent », poursuit-elle.
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Aide au développement : le privé ne peut remplacer l’investissement public
Pour les acteurs du développement, la philanthropie ne peut pas venir remplacer l’aide publique au développement, d’abord pour une question d’échelle. Selon les données de l’OCDE, moins de 10 % de l’APD mondiale est constituée de fonds issus de la philanthropie. Mais aussi pour des raisons de rentabilité. « Ça pose la question de sous-traiter parfois l’aide à des acteurs qui ont des intérêts économiques avant des intérêts de solidarité. Donc ça, ça pose une vraie question aussi de la privatisation de l’aide que nous, sur laquelle on s’interroge au CCFD-Terre solidaire », pointe Mathieu Paris du CCFD-Terre solidaire. Ce dernier alerte sur la « privatisation du développement ».
Espérer que le privé, qui doit avoir une rentabilité économique, vienne remplacer le public dans les investissements de l’aide est un leurre, estime-t-il. « Investir dans l’éducation, dans la santé, dans certaines infrastructures, ce n’est pas rentable ou au moins pas à court terme et pas en termes financiers. Donc, en effet, là, on risque d’avoir des secteurs de services essentiels aux populations qui sont délaissés », alerte-t-il. Transports, énergie, environnement des affaires, etc. Somachi Chris-Asoluka pointe également le rôle indispensable que doivent jouer les États africains.













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