Afrique

Au Cameroun, des associations «sang pour sang» unies pour l’hygiène menstruelle

Chaque mois, des millions de femmes et de filles font face à un défi invisible et souvent passé sous silence : le coût des protections hygiéniques. Sans accès abordable, c’est l’absentéisme scolaire, la perte de productivité au travail et la précarité qui s’aggravent. C’est pourquoi, au Cameroun, plusieurs associations militent pour que toutes les femmes puissent avoir accès à des serviettes hygiéniques et bénéficient de la tolérance et de la bienveillance de leur entourage. 

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En 2020, à Yaoundé au Cameroun, Caroline Weng et d’autres membres ont créé l’association Elles rayonnent ensemble. Leur crédo est de permettre l’accès aux serviettes hygiéniques pour les femmes et de réduire la précarité menstruelle. Une précarité qui est causée par un accès difficile à des produits de bonne qualité et à un prix raisonnable, ce que regrette Caroline Weng :

« On est sur le prix le plus bas actuellement, 700 francs CFA par mois. Et ça, c’est pour celles qui ont un flux, on va dire… pas très abondant. Mais pour les autres, c’est au moins deux fois plus, donc on est à 1 400 francs CFA par mois. On a besoin soit d’antidouleurs, soit d’autres choses. Et donc, on monte facilement à 50 euros par an. Donc, qu’est-ce qu’on fait ? Soit on sacrifie le côté santé et on va juste pouvoir s’offrir des protections menstruelles. Soit on n’a rien de tout ça et on se garnit avec un tissu pagne qu’on met sur nous. Ou bien, on ne va pas travailler ce jour-là parce qu’on a même pas de quoi se garnir et, du coup, parfois, l’employeur peut ne pas être très compréhensif. Il décide de lui “couper” son salaire ou de lui dire : “Écoute ! Si tu dois prendre cinq jours tous les mois ou trois jours, ça ne va pas être possible !” Le cycle de la pauvreté continue. Voilà la réalité vraiment telle qu’elle est en face. » 

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Libération de la parole

L’association milite pour une TVA moins lourde sur un produit qu’elle considère comme étant de première nécessité. Caroline Weng fait du lobbying également dans les villages, dans les écoles, pour lever les tabous autour de cette question : « Le point qui me paraît le plus important à souligner, c’est vraiment la question de la libération de la parole autour de l’hygiène menstruelle, de la part des femmes et des filles en tout cas. Pour la gent masculine, c’est encore un peu compliqué, même si on a certains alliés. Mais il y a une évolution maintenant, surtout chez la plus jeune génération qui essaie juste de lever le tabou autour. On voit une nette évolution vraiment à ce niveau-là. » 

Une amélioration dans une société patriarcale qui passe par la jeunesse, comme l’explique René Nwoes. Son association, Wake Up Ladies, organise des rencontres dans les écoles : « On fait la corrélation entre la bonne gestion de l’hygiène menstruelle et la régularité à l’école. Il s’agit de dire qu’il est important d’accompagner les jeunes filles durant leur période menstruelle, parce que si ce n’est pas fait, elles vont plutôt manquer les cours. Et si une fille manque les cours constamment, elle a moins de chances de pouvoir réussir en fin d’année. Cela progresse vraiment petit à petit, mais on voit le bon bout. » 

Serviettes recyclables et coupes menstruelles 

Des progrès menés grâce à un programme baptisé Sang pour sang unies pour la dignité. Un programme financé par l’Agence française de développement. Margaux Chinal est chargée de ce programme à l’Agence française de développement

Caroline Weng, Renée Nwoes et Margaux Chinal. © Frédéric Garat / RFI

« Le programme Sang pour sang a effectivement tout un volet dédié à l’appui à des entreprises sociales et solidaires qui produisent des serviettes lavables. On a aussi des entreprises sociales qui ont choisi plutôt la coupe menstruelle. C’est une petite coupe en silicone qui s’insère en fait dans le vagin et qui permet de récupérer le sang menstruel, et on la vide au cours de la journée. Il faut idéalement que les femmes puissent avoir le choix et que ce choix soit fait de manière éclairée. Et pour cela, il faut qu’elles puissent avoir toutes les informations nécessaires sur la bonne utilisation des produits. On va avoir des projets de sensibilisation à l’hygiène et à la santé menstruelle dans les écoles. On va avoir des projets de plaidoyer au niveau des gouvernements. On a des exemples dans certains pays d’organisations qui ont déjà réussi à faire bouger un peu les lignes au niveau législatif. En plus des organisations de la société civile, on a un appui direct à 18 entreprises sociales et solidaires qui produisent des produits d’hygiène menstruelle grâce à ce programme-là », explique Margaux Chinal.

En 2025, le projet Sans pour sang, qui est prodigué également au Bénin, en Côte d’Ivoire, en Guinée ou au Nigeria, a permis à 24 000 jeunes d’être sensibilisés à la santé menstruelle. Quelque 75 000 personnes ont bénéficié d’une éducation sur leurs droits, réduisant ainsi les risques sanitaires et améliorant la dignité des femmes.

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