Afrique

Côte d’Ivoire: une exposition retrace les 50 ans de carrière du peintre Grobli Zirignon

Et si la peinture pouvait devenir un remède aux blessures de l’âme ? Depuis 50 ans, le psychanalyste, philosophe et artiste-peintre ivoirien, Grobli Zirignon, transforme ses angoisses, ses douleurs et celles de ses patients en œuvres d’art. Une démarche qu’il appelle la psychart-thérapie. L’artiste célèbre un demi-siècle de création à travers une exposition intitulée « Grobli Zirignon : 50 ans de création – L’esprit des arts premiers ». Un voyage entre peinture, inconscient et quête de guérison intérieure.

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De notre correspondant à Abidjan

Dans les allées de l’exposition, les visiteurs avancent lentement d’une toile à l’autre. Des silhouettes fragmentées, des corps déformés et des couleurs parfois sombres.

Ici, on retrouve une quarantaine d’œuvres du peintre ivoirien Grobli Zirignon. À 86 ans, l’artiste travaille une matière bien particulière : de la boue appliquée à du carton puis il frotte jusqu’à obtenir ce qu’il appelle « les beaux restes ».

« Plus je forçais, plus je grattais, des matières, des formes émergent. Mais tout ça, je suis guidé d’une manière inconsciente par un esprit, c’est pas volontairement, mais quelque chose me dit : “Fais ça, ça te fera du bien.” Et tout ce que je fais, ça m’a fait du bien, et j’ai continué dans ce sens-là. »

Une exposition en trois temps : l’errance, le retour et la maturité artistique

Depuis un demi-siècle, Grobli Zirignon peint pour soigner ses propres blessures intérieures et aider les autres à faire de même. Une démarche que ce psychanalyste a baptisée la psychart-thérapie. Autrement dit : utiliser l’art pour libérer les souffrances enfouies dans l’inconscient.

« Je leur explique qu’il faut des couleurs, du papier blanc. Je leur dis de faire ce qu’ils veulent librement, de s’exprimer. Et quand ils ont fini, pendant une heure, je mets la toile au loin, on regarde ensemble et on en fait la lecture. Ils trouvent eux-mêmes ce qu’ils ont mis. Il y en a qui trouvent des souvenirs d’enfance, donc c’est l’usage de la peinture, des formes libres, le choix de couleur et ils s’en sortent. »

L’exposition retrace trois grandes étapes de la vie de l’artiste : l’errance après son arrivée en France à l’âge de 13 ans ; le retour en Côte d’Ivoire dans les années 1970. Puis le temps de la maturité artistique. Une rétrospective avec un message adressé à la jeune génération. 

« Accepter de puiser dans le passé pour mieux appréhender l’avenir. Je pense que l’art africain a un bel avenir. Mais il est important qu’on fasse une pause et qu’on regarde la qualité de ce qui a été fait dans le passé pour pouvoir tenir la route encore. Et donc, ceux-là, sont nos maîtres », explique Christelle Mangoua, commissaire de l’exposition.

Grobli Zirignon : figure majeure de l’art contemporain ivoirien

Arrêtée devant une toile intitulée L’Ancêtre balafré, Diadjo, une amatrice d’art, semble hypnotisée. L’œuvre représente le visage d’un vieil homme marqué de scarifications. Fascinée par la technique et la matière, elle observe longuement les reliefs du tableau.

« C’est le genre de tableau, quand on le voit, on est tout de suite attiré, on a envie de se rapprocher pour comprendre avec quel matériau il a fait ses œuvres d’art. C’est très technique, parce que la boue qui est beaucoup plus lourde que le carton peut abîmer le carton. C’est très très particulier. »

Figure majeure de l’art contemporain ivoirien, Grobli Zirignon a formé plusieurs jeunes artistes. Il est notamment lauréat du prix Dumoulin d’originalité à Paris en 1976 et du prix de la Recherche aux Grapholies d’Abidjan en 1993. L’exposition « Grobli Zirignon : 50 ans de création – L’esprit des arts premiers » se poursuit jusqu’au 28 mai prochain.

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This post was originally published on RFI