Afrique

En Afrique de l’Ouest: la stratégie des grands moulins

Dakar, Abidjan ou encore Douala… C’est au tour de la Sierra Leone de se doter d’un grand moulin grâce au groupe guinéen Sonoco. Objectif : devenir autosuffisant ou presque dans la production de farine. Aujourd’hui le pays importe la majorité de sa farine. Son grand moulin en cours de finalisation va entrer en fonction à la fin du mois. Un investissement de 50 millions de dollars en partie financé par un prêt d’aide publique de Proparco. Un investissement concordant avec les ambitions du pays, mais est-ce stratégique économiquement ?

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De notre envoyée spéciale à Freetown,

Halimou Barry est le directeur financier de Sonoco. Aucun doute pour lui, produire de la farine sierra-léonaise est rentable : « Aujourd’hui, produire localement coûte moins cher qu’importer. Au-delà de ça, il y a la création d’emplois. Il y a toutes les taxes et les impôts aussi qui sont payés en toute transparence. »

Et cela, même si la Sierra Leone reste dépendante des importations en blé. Jean Charzat, administrateur du groupe Sonoco. « Il y a des périodes où on peut acheter du blé pas très cher et maintenir un prix de farine cohérent pour qu’on ait une marge de production. Il y a des périodes où on n’a pas cette marge, où on est même en perte. Et donc en fait, le principe de cette industrie, c’est toujours d’équilibrer les pertes et les gains pour être toujours présent dans le marché et nourrir la population », détaille-t-il.  L’avantage comparé à l’importation de farine, c’est de toujours produire, insiste-t-il. « On fait la moyenne des bonnes années avec la moyenne des mauvaises années. Donc, on va toujours produire. On ne va pas arrêter le moulin », souligne Jean Charzat.

« C’est rentable si on l’intègre dans une logique de filière »

Abidjan, Dakar, Douala, les projets minotiers se développent. Ali Bouchahda est spécialiste du secteur. S’il y a des critères très précis pour déterminer la rentabilité d’un moulin – les rendements, les coûts de l’énergie, le taux de perte… –, pour lui, l’important est le développement d’un écosystème. « C’est une évolution très positive parce que ça structure la filière céréalière localement. Un moulin aujourd’hui ne fait plus seulement de la mouture de farine, il permet de sécuriser l’approvisionnement pour les boulangers, de produire ou d’avoir une capacité de production régulière, met en avant Ali Bouchahda. Ça peut être mieux adapté pour des usages locaux. Et puis à partir d’un moulin on peut développer tout un écosystème céréalier. »

Pour Marc Debets, fondateur d’Apexagri, société de conseil experte dans le développement de filières agricoles en Afrique, l’attention doit être portée sur l’intégration de cet outil industriel. « C’est un maillon essentiel entre la production de céréales et l’utilisation, soit pour l’alimentation de bétail, soit pour l’alimentation humaine. Donc, ce sont des outils nécessaires », pointe cet expert. « L’important, c’est d’intégrer ces outils dans une filière agricole avec un amont de production végétale, de production de céréales et un aval avec des débouchés clairs. Et c’est cette intégration qui permettra de saturer l’outil et donc de le rentabiliser. Donc, oui, c’est rentable si on l’intègre dans une logique de filière », argumente-t-il. Filière d’aliments pour bétail, boulangeries et formations aux métiers de la pâtisserie… Sonoco, acteur déjà majeur en Guinée, compte bien s’imposer dans le paysage en Sierra Leone.

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This post was originally published on RFI