Les statues de Napoléon de Dominique de Villepin, des cadeaux d’anniversaire encombrants. Les réseaux françafricains, Robert Bourgi : le cocktail pourrait exploser une candidature putative à la présidentielle avant même qu’elle n’ait été déclarée.
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Il faut dire qu’entre Dominique de Villepin et l’Élysée, si ce n’est pas la poisse, cela y ressemble. Une statuette et un buste de Napoléon reçus en cadeau d’anniversaire en passe de ruiner les chances d’une candidature à la présidentielle de 2027.
Auteur de De l’esprit de cour, la malédiction française, il y dénonçait au vitriol Nicolas Sarkozy, auteur de pratiques « permettant à la faveur de s’installer (…) de brouiller les repères (…) et d’enfreindre les principes républicains ». Ironie du sort, le voilà, lui-même pris dans la nasse des faveurs indues. Une statuette de Napoléon à 75 000 euros, cadeau d’anniversaire de Blaise Compaoré, président du Burkina de 1987 à 2014, à l’instigation de Robert Bourgi, l’homme des réseaux « France-à-fric » (fric et non Afrique), celui qui, obséquieusement, appelait Oumar Bongo Odimba « papa ».
Sous les lambris du Quai d’Orsay, un cadeau d’anniversaire à 75 000 euros, et de surcroît offert par le président du pays le plus pauvre au monde, ça ne fait pas sauter « toutes les digues (…) des principes républicains », comme il en faisait le reproche à Sarkozy. Il a, depuis, restitué le cadeau. Il ne savait pas, dit-il, qu’il provenait du dictateur Blaise Compaoré. Un argument, pour le moins cacochyme. Puisque Blaise Compaoré avait déjà « cadeauté », par l’intermédiaire du même Robert Bourgi, une campagne présidentielle de Jacques Chirac, avec des djembés bourrés de dollars. La justice française, qui avait ouvert une enquête sur ce financement, l’a finalement classée sans suite en novembre 2011.
Il reste les statues napoléoniennes de Villepin. La justice a ouvert une enquête, ce mardi. Au total, deux objets reçus : le second offert par un homme d’affaires italien, Gian Angelo Perrucci, le tout pour la coquette somme de 125 000 euros. Moitié moins, conteste vigoureusement l’entourage de l’ancien Premier ministre.
Qui en veut à Dominique de Villepin ?
Robert Bourgi, auteur des révélations, n’a pas caché son intention : « empêcher de Villepin d’aller à l’Élysée », et il a ses petites raisons. Après les costumes à 13 000 euros, du même Bourgi, qui ont contribué à couler François Fillon en 2017, l’entourage de de Villepin a tôt fait de dénoncer une opération sous fausse bannière aux couleurs de Sarkozy. Ce que l’entourage de ce dernier s’est empressé de nier.
Cette affaire tombe très mal pour le gaulliste. Pour mettre ses pieds dans les pas de de Gaulle, il faut être plus que la femme de César, au-dessus de tout soupçon. Ce qui est désormais compliqué pour Dominique de Villepin, qui avait construit son image publique sur une certaine distance morale. Les règles, qui étaient moins rigoureuses à l’époque des faits, pourraient le sauver de la justice, mais pas du poison des soupçons.
Est-ce encore un rendez-vous manqué pour Villepin ?
Il rêvait de redonner son lustre à la France. Son mouvement, La France humaniste, n’a pas la même réverbération que le « MAGA » trumpien. Il pense, cependant, avoir les atouts pour faire entendre la voix de la France dans le nouveau monde qui se dessine sous nos yeux. Il disait avoir tiré les leçons des échecs des deux tentatives précédentes de se porter candidat à la présidentielle. Avait-il anticipé aussi ce coup de Jarnac de Robert Bourgi ? On peut en douter. La Françafrique, qui refuse de mourir de sa belle mort, pourrait faire de nouveau une victime. Expiatoire, espérons-le.
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