Au Mali, après les combats du week-end dernier et de ces derniers jours, le chef de la junte Assimi Goïta est réapparu hier. Il parle d’une situation d’extrême gravité mais maîtrisée. Il a reçu l’ambassadeur de Russie, son allié à la fois politique et militaire. La situation dans le pays et dans la région est observée de près dans les pays voisins et en premier lieu l’Algérie.
Publicité
Le ministre algérien des Affaires étrangères réaffirme son soutien à « l’unité du Mali » et son rejet catégorique de « toutes les formes de terrorisme ». Il faut dire que les relations entre les deux pays sont très dégradées. Elles ont même été marquées par un incident militaire quand un drone malien a été abattu par les forces armées algériennes il y a un peu plus d’un an à proximité de la longue frontière entre les deux pays.
Bamako accuse Alger d’abriter les groupes qui ont pris le contrôle de la ville de Kidal, le FLA, les indépendantistes du front de libération de l’Azawad et le JNIM, le groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, lié à Al Qaïda. Et c’est de manière tout à fait ouverte que l’Algérie accueille l’influent Imam malien Mahmoud Dicko, qui a lancé en fin d’année dernière un mouvement de résistance des Maliens à la junte.
Perte de l’initiative
Pour l’Algérie, la situation présente des avantages. Si la prise de contrôle par les groupes armés indépendantiste et djihadiste à Kidal se confirme, s’étend ailleurs au nord se maintient, cela éloigne mécaniquement les forces armées maliennes partisanes d’un traitement militaire de ces dossiers quand Alger privilégie plutôt un traitement politique à travers l’accord d’Alger. Cela éloigne aussi les soldats Russes de l’Africa Corps apparemment évacués du nord du Mali vers l’étranger, possiblement via la Libye.
Il se murmure même que cette évacuation, mais cela demande confirmation officielle, se fait avec l’aide de l’Algérie. Les forces armées maliennes ont clairement perdu l’initiative et doivent défendre leur positions les plus solides comme la ville-garnison de Kati à une quinzaine de kilomètres de Bamako sous pression également. Des pays comme la Mauritanie à l’Ouest sont sans doute dans l’attente de voir comment la situation à leur frontière va évoluer.
L’équilibre du continent menacé
Il faut voir aussi ces événements dans une perspective plus large. Depuis plusieurs années, la pression des groupes armés djihadistes descend vers le sud et des pays frontaliers s’en inquiètent. On peut citer le Bénin et le Togo, Il y a dix jours, la capitale Togolaise accueillait d’ailleurs une réunion pour définir une nouvelle stratégie pour le Sahel en crise. Parmi les participants, des représentants des pays de la sous-région, de la Cédéao, des pays européens, dont la France, mais aussi de l’alliance des États du Sahel. Cela prouve que le dialogue diplomatique existe encore. Mais surtout que la question d’une contagion et de ses possibles conséquences est posée.
Les difficultés du Mali sont par extension une difficulté pour ses partenaires de l’AES, le Burkina Faso et le Niger, eux aussi confrontés à une forte pression. Le phénomène existe aussi dans le nord-ouest du Nigéria, où la politique sécuritaire américaine et les frappes de Noël n’ont rien arrangé au phénomène djihadiste toujours présent et qui menace désormais l’équilibre de toute la sous-région et a fortiori de tout le continent africain.
À lire aussiMali: après les attaques, Assimi Goïta affirme que la situation d’une «extrême gravité» est «maîtrisée»













Add Comment