D’où vient précisément le café qu’on boit ? Comment être sûr qu’il ne pousse pas sur des terrains déboisés ? Pour répondre à ces questions, de grands industriels et négociants internationaux lancent une cartographie mondiale des parcelles de café pour aider les pays producteurs à répondre aux nouvelles normes européennes. En effet, les pays producteurs doivent prouver que le café ne provient pas de zone de déforestation et mettre en place une traçabilité stricte des grains de café.
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Grâce à des images satellites de très haute résolution, il est maintenant possible d’identifier chaque caféier qui pousse entre les arbres, parcelle par parcelle. Sept des plus grands groupes mondiaux du café se sont associés à Airbus pour cartographier toutes les plantations du monde et s’assurer qu’elles n’entraînent pas de déforestation.
Acteur du projet, Laurent Sagarra, directeur « Engagement » de la multinationale du café JDE Peet’s, détaille le fonctionnement de l’outil : « Airbus a développé un outil d’intelligence artificielle qui analyse des milliards de photos satellite. Cet outil est entraîné sur la base de toutes les données que tous les acteurs du secteur qui font partie du projet ont récupérées. Et donc, on entraîne, on éduque un outil à analyser ces milliards de photos pour pouvoir ”mapper” toutes les placettes de café sur la planète. On arrive ainsi à faire un travail qui nous mettrait des années et des années si on devait le faire à la main. »
L’enjeu est important surtout en Afrique de l’Est où les exploitations de café sont très morcelées. Rien qu’en Éthiopie, plus de cinq millions d’agriculteurs possèdent en moyenne un demi-hectare de terres. Identifier toutes les parcelles est donc un vrai défi pour ne pas faire d’erreur. « Si on n’a pas les meilleures données, on risque d’exclure une parcelle, exclure dix parcelles, exclure 1 000 parcelles… C’est exclure des agriculteurs. C’est dire à ces agriculteurs : “Vous ne pouvez plus vendre sur le marché européen.” Pour eux, en termes d’impact sur leur vie, c’est énorme », souligne Laurent Sagarra.
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Des millions de petites exploitations à identifier
La cartographie, appelée « Projet Canopée », sera mise à jour tous les un ou deux ans, et mise à disposition gratuitement sur une plateforme géospatiale ouverte et transparente, accessible aux producteurs et aux gouvernements, dès maintenant pour l’Afrique de l’Est. Une initiative bien accueillie par les acteurs du secteur en Éthiopie, à l’image d’Abdi Itana, conseiller en développement durable dans le secteur du café : « Aujourd’hui, nous utilisons la carte mondiale Global Forest Watch, mais elle ne montre pas l’évolution dynamique au niveau de chaque exploitation agricole. On ne fait pas bien la différence entre l’exploitation et la forêt. »
Selon lui, ces données complèteront le système de traçabilité numérique mis en place par le premier pays producteur de café d’Afrique : « Tout sera enregistré, et un identifiant numérique sera attribué à l’agriculteur, incluant la superficie et le périmètre de sa parcelle. Ainsi, quand les agriculteurs vendront leurs produits à un collecteur ou à un acheteur, la quantité sera enregistrée sur leur carte d’identité, et on saura qui achète quoi et combien. Au final, chaque mouvement de café en Éthiopie sera enregistré dans ce système. »
Des outils essentiels à moins d’un an de l’entrée en vigueur des nouvelles règles européennes sur la déforestation, prévue en décembre 2026 pour les gros producteurs et en juin 2027 pour les plus petits.
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