Chaque année, des milliers de Sénégalais rentrent au pays après une tentative de migration irrégulière. Retourner chez soi ne signifie pas toujours tourner la page. À Vélingara, dans le Sud du Sénégal, certains migrants de retour ont réussi à relancer une activité grâce à l’appui de partenaires comme l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). D’autres, en revanche, continuent de faire face à la précarité et aux jugements de la société.
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De notre envoyé spécial à Vélingara, Habib Diao
Dans son atelier au marché de Vélingara, les clients se succèdent. Derrière sa machine à coudre, Abdourahmane Sow s’est construit un nouveau quotidien. Une activité qui contraste avec son parcours. Pendant trois ans, le vingtenaire a vécu en Libye avant d’être rapatrié au Sénégal. Grâce à un financement de l’OIM, il a pu ouvrir son atelier de couture. « J’ai eu la chance d’obtenir un financement pour mon retour. Ce qui m’a permis de reprendre mon activité. Aujourd’hui, je travaille pour mon propre compte et je m’en sors bien. Je ne pense plus à repartir à défaut d’avoir un visa, bien sûr. »
Mais tous les migrants de retour ne dressent pas le même bilan. Pathé Baldé en sait quelque chose : parti en 2016 pour la Libye, il y passera trois ans, dont un an et demi en prison. À son retour, il bénéficie lui aussi d’un financement de l’OIM pour relancer une activité. Une aide saluée, même s’il estime qu’il attendait davantage de l’État sénégalais. « J’ai été rapatrié et je suis arrivé chez moi les mains vides. J’ai reçu un financement de 650 000 francs CFA, une somme que j’ai utilisée pour relancer mes activités dans l’élevage et dans l’agriculture. Comme vous le voyez ici, c’est très compliqué de s’en sortir. J’essaye de survivre avec ma famille avec le peu que me rapporte cette activité, il faut quand même l’avouer, il y a un défaut d’accompagnement de l’État. »
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Le retour est difficile : « Toute la famille t’abandonne »
Pour d’autres, le retour a été encore plus difficile. Rentré en 2009 sans accompagnement, Filly Baldé peine encore à se relever. À ces difficultés s’ajoutent les regards et préjugés qu’il subit depuis son retour. « Je suis retourné au pays depuis lors, on est là. On se débrouille seul parce que même dans la famille, les gens vraiment te détestent d’abord. Parce que si tu retournes au pays avec zéro franc, rien, là tu es considéré comme un vaurien. Tu es considéré comme quelqu’un qui n’a pas d’ambition. Surtout si tu étais accompagné d’un ami et que lui, il est arrivé en Espagne et toi tu es retourné. Toute la famille t’abandonne. »
Selon le bilan du bureau d’accueil, d’orientation et de suivi des Sénégalais de l’extérieur et des migrants, 3 080 Sénégalais en détresse ont été rapatriés au cours de l’année 2025, dont 1 197 ont bénéficié d’un accompagnement à caractère social.
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