Nourrir l’Afrique avec les outils d’hier est devenu impossible. À Nouakchott, la 34e conférence de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du 13 au 17 avril, s’est achevée sur un constat : l’aide internationale se tarit. Le continent doit donc réinventer ses modèles de financement. Entre économie bleue, innovation numérique et coopération régionale, plusieurs pistes émergent déjà. Reportage d’Oumar El-Hadj Thiam.
Publicité
De notre correspondant à Nouakchott,
Dans les couloirs du centre de conférence de Nouakchott, théâtre de la 34e conférence de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le constat est lucide. Si le potentiel agricole est immense, l’argent, lui, change de main. Les donateurs traditionnels, bousculés par les crises mondiales, se retirent. Mais pour Beth Bechdol, directrice générale adjointe de la FAO, ce n’est pas une fatalité, mais un appel à l’ingénierie financière :
« C’est un moment où certains des financements traditionnels pour l’agriculture ont changé. Certains des donateurs qui ont longtemps soutenu le développement se retirent pour investir dans d’autres priorités. C’est donc un moment où je pense qu’il y a en fait assez de capital dans le monde. Il faut juste que nous l’acheminions aux bons endroits et avec les bons mécanismes. »
C’est précisément l’ambition du Sénégal. À Dakar, la transformation des systèmes alimentaires passe par l’Atlantique. Pour Fatou Diouf, ministre sénégalaise des Pêches, la souveraineté alimentaire passe désormais par l’« économie bleue ». Le poisson, consommé à hauteur de 29 kilos par habitant au Sénégal chaque année, est le moteur de la résilience : « Qui parle d’agroalimentaire parle de pêche. Les ressources halieutiques jouent un rôle important dans la fourniture de protéines animales. Nous avons fait aujourd’hui de l’économie bleue le cœur de notre stratégie, en matière de pêche, d’aquaculture et de souveraineté alimentaire. Le Sénégal a déjà montré des gages de transparence avec la publication des listes des navires autorisés. »
À lire aussiRapport FAO: l’accès à une alimentation de qualité demeure un défi économique majeur en Afrique
Des modèles innovants à l’échelle régionale
Au-delà des chiffres, c’est l’innovation sociale qui séduit les bailleurs. Le modèle sénégalais de « cogestion », qui implique directement les pêcheurs artisanaux dans la surveillance des côtes, est cité en exemple. Mais pour que ces efforts locaux portent leurs fruits, ils doivent s’intégrer dans une architecture régionale solide. Une priorité pour Momme Ould Beibat, ministre mauritanien de l’Agriculture : « Le renforcement de la surveillance, des systèmes d’alerte rapide et de la coordination transfrontalière demeure une priorité essentielle. Ces mesures sont non seulement plus efficaces, mais aussi moins coûteuses que la gestion des crises une fois qu’elles se sont déclarées. »
Pour la Mauritanie, l’enjeu est désormais de transformer ces plans d’investissement en opportunités concrètes pour les filières prioritaires du pays grâce aux solutions numériques, comme l’analyse connectée des sols ou les plateformes d’accès direct au marché.
À lire aussiL’insécurité alimentaire monte en Afrique de l’Ouest et au Sahel, la FAO appelle à l’aide













Add Comment