Après le coup de massue du 25 avril, la junte du Mali, essaie dans un contexte difficile de reprendre la main. Les assaillants se sont repliés dans les faubourgs de Bamako et dans le reste du pays, après Kidal, des villes sont prises par la coalition « rebelles et jihadistes ». Le retour, orchestré, du chef de la junte ne semble pas pour l’instant arrêter cette spirale.
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Un retour, effectivement, orchestré. Possiblement de la maskirovka, cette technique russe qui simule une disparition, le temps que les ennemis se dévoilent et qu’on leur coupe la tête. Ceux de la junte ne se sont jamais cachés. Mais l’orchestration fait partie aussi de la guerre.
Un scenario en deux temps. D’abord une réarticulation avec les Russes. S’assurer que l’Africa Corps n’est pas passé à l’ennemi. Les Russes sont la garantie sécurité des juntes, principalement de leurs chefs. Être sûr que quoiqu’il arrive, ils sont protégés et si ça tourne mal, être évacué, comme Bachar el-Assad, en Syrie. Deuxième temps, Assimi Goïta, avec l’assurance des Russes, réhabite sa fonction et accomplit les formalités de retour aux affaires. Visites de compassions aux blessés et les condoléances à la famille de son numéro deux, le général Sadio Camara, qui a eu moins de chance que lui, mort dans les décombres de sa maison réduite en gravats, par les assaillants, selon un mode non encore vraiment élucidé. Puis, une adresse à la nation. Assimi Goïta a retrouvé son fauteuil, toujours, avec les Russes à ses côtés. La situation est-elle pour autant revenue à la normale ?
Justement c’est quoi le retour à la normale dans le Mali aujourd’hui ?
C’est une excellente question en effet. Les repères se perdent, tellement la situation sécuritaire se dégrade. Depuis septembre 2025, la normale c’est le blocus autour de Bamako. La junte n’ayant pas pu desserrer l’étau s’en était accommodé, s’achetant des répits, momentanés, avec le Jnim pour s’approvisionner en carburant. Avec ces évènements du 25 avril, l’autorité de l’État malien s’est encore étiolée, réduite à moins que celle qu’elle était en janvier 2013, au moment où l’opération Serval avait stoppé les jihadistes dans la ville de Konna, alors qu’ils étaient lancés vers Bamako. En ce début mai 2026, la coalition « Jnim-FLA » (les rebelles et les jihadistes) a franchi la ville de Sévaré, considérée autrefois comme la ligne Maginot. À présent, ils sont dans les faubourgs de Bamako dont ils ont décrété le blocus total. Leur objectif ? Que le régime s’effondre sur lui-même.
Quelles sont les perspectives pour la junte ?
La situation se complique. La junte, qui a échappé de peu à la décapitation, son ministre de la Défense tué et son chef des renseignements, Modibo Koné, au sort incertain, ne veut rien lâcher. Elle poursuit son objectif de « victoire totale » par le seul moyen des armes, qui chaque jour s’éloigne comme une arlésienne.
En face, les groupes armés se renforcent de façon tactique et sont désormais, clairement, dans la logique de faire tomber la junte. Entre ces deux protagonistes, pratiquement personne ne veut « mettre sa bouche », pour parler prosaïquement. Ni les voisins, ni les organisations sous-régionales, encore moins l’ONU. Les Maliens sont laissés à eux-mêmes avec un État, réduit à un simple acteur, parmi d’autres, dans une guerre qui lui échappe, et un État qui ne protège plus pareillement, tous ses citoyens. Dans certaines rues de Bamako, des hommes, supposément terroristes sont boucanés et découpés, comme de la simple viande.
Tout le monde a conscience que c’est une tragédie qui se noue. Mais le problème des tragédies ; on voit venir, mais on ne peut rien pour les arrêter. Blaise Pascal avait trouvé les mots justes pour le décrire « Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence et ne font que l’irriter, encore plus ».
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