Afrique

La guerre au Moyen-Orient complique l’accès de l’Afrique au bitume

C’est une des conséquences de la guerre au Moyen-Orient : la hausse des prix du bitume. Le secteur des travaux publics est directement touché, notamment en Afrique où rares sont les fabricants.

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À Madagascar, comme dans beaucoup de pays du continent, on ne fabrique pas de bitume. « On importe la matière brute qui nous permet de faire de l’asphalte, sans bitume on ne peut pas faire de goudron », explique Richard Ferrazi, directeur de l’entreprise de BTP Colas sur la Grande Île. Dany Michael Ranivo, administrateur général adjoint d’Inframad, société qui supervise des chantiers à Madagascar, confirme qu’il n’y a pas d’alternative : « Il y a une variante, le béton armé, mais on ne peut pas s’offrir ça, c’est du luxe pour nous. »

Pour des raisons de proximité géographique, le bitume est d’ordinaire importé à Madagascar majoritairement du Golfe : « Principalement le bitume venait du port de Jebel Ali, à Dubaï, et passait donc par Ormuz. Le bitume européen n’était qu’un complément. Aujourd’hui, c’est l’origine principale. Forcément c’est beaucoup plus long, il faut compter 45 à 60 jours de plus. »

Ce changement de source d’approvisionnement a eu un impact inévitable sur le terrain, explique Richard Ferrazi. « L’arrêt a été brutal, il nous a fallu du temps pour nous retourner, on a perdu plus de deux mois sur certains chantiers, on ne revient que maintenant à la normale ». Deux mois plus tard, le bitume coûte 40 à 50 % de plus à Madagascar. L’impact se fait sentir aussi pour Inframad. « Cela peut retarder notre levée de caution bancaire ou retarder l’octroi de ressources que l’on voulait déployer sur d’autres projets », précise Dany Michael Ranivo.

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Renégocier les contrats pour absorber la hausse des prix

En Guinée, la tonne de bitume a augmenté d’environ 200 dollars en trois mois, soit une hausse de plus de 20 %. Certains des contrats peuvent heureusement être renégociés, explique Mory Diaka Kaba, directeur adjoint de Guiter, la société guinéenne de terrassement routier : « Il existe des contrats dans lesquels nous avons négocié une actualisation, ce qui nous permet d’ajuster ces coûts, mais dans d’autres contrats, ce n’est pas prévu et nous sommes obligés de grignoter dans notre marge, voire d’aller jusqu’à des pertes financières. »

Au Cameroun, le Code des marchés offre la possibilité de réviser les prix. Stéphane Edouma, directeur adjoint de MAG, un des gros acteurs du BTP – qui réalise actuellement l’entrée de la ville de Douala, soit un marché de 30 milliards de FCFA –, envisage de déposer un dossier de révision « pour pouvoir rentrer dans ses frais ». Stéphane Edouma assure avoir réussi à honorer ses engagements et ne déplore pas d’arrêt de chantier.

Les prochains appels d’offres seront certainement négociés différemment, explique-t-il, et vont inciter les entrepreneurs à être plus prévoyants : « Au vu des retards d’approvisionnement, on anticipera en mettant en place des stocks tampons afin de garantir nos plannings de chantier. Des leçons seront forcément tirées de cette crise soudaine. »

En attendant la normalisation des prix, Mory Diaka Kaba explique acheter le minimum prévu par les contrats mais ajoute « qu’en raison du prix, le stockage est devenu pratiquement impossible. » En plus du prix du bitume, le BTP doit absorber la hausse de celui du carburant, un seul engin de chantier peut en consommer plus d’une centaine de litres par jour.

À écouter dans C’est pas du ventCOP 16 : soigner les sols, c’est possible

This post was originally published on RFI