Afrique

La présence remarquable et affirmée de films africains dans les festivals internationaux [5/5]

La présence remarquable et affirmée de films africains dans les festivals internationaux est une tendance qui se confirme depuis 2023. Cette année-là, une douzaine de films africains avaient participé au Festival de films de Cannes, le plus prestigieux au monde. C’était une première, qui a lancé comme le début d’une nouvelle ère pour ce cinéma. Ces cinémas issus de pays souvent en conflit et dont la production cinématographique ne figure pas parmi les priorités des États. Cette présence est renforcée par l’éclosion d’une nouvelle génération de cinéastes.

Publicité

En 2024, le documentaire créatif Dahomey de la réalisatrice franco-sénégalaise Mati Diop remporte l’Ours d’or de Berlin, réalisant seulement ce qui était la deuxième victoire africaine à la Berlinale. La première c’était en 2005, avec le film Carmen de Khayelitsha, du réalisateur sud-africain Mark Dornford-May. Une transposition de l’opéra Carmen de Bizet dans un township.

En 2026, trois films africains étaient programmés à la compétition de la Berlinale, trois autres figuraient à la compétition « Un certain regard » au Festival de Cannes en mai dernier… D’autres ont été programmés à Venise ou à Toronto à l’automne précédent. Ces films expriment les récits des nouvelles voix cinématographiques du continent. Olivier Barlet, critique de cinéma à Africultures : « Cette cinématographie se développe tout simplement. Il y a de véritables auteurs qui proposent de très belles choses, donc ils se retrouvent en compétition. Après, il y a d’autres facteurs qui peuvent jouer. Il y a d’une part le fait que les festivals sont assez impliqués dans des processus de laboratoire d’accompagnement, qui vont pas mal profiter à des réalisateurs africains, pas seulement, mais notamment, et donc il y a une sorte de fidélité que le festival a, par rapport à des films qu’il a déjà soutenus dans leur préparation, dans leur élaboration. »

À lire aussiTrois films africains en compétition à la Berlinale 2026

À l’échelle mondiale, il y a l’attente d’un cinéma social, politiquement engagé

Selon Olivier Barlet, les jeunes d’Afrique accèdent au marché international aujourd’hui parce qu’ils sont accompagnés, ils sont dans un processus international. Alors qu’est-ce qui fait que les sélectionneurs de grands festivals sélectionnent certains films et pas d’autres venant des pays d’Afrique, même s’ils sont de bonne facture : « Il y a quelquefois une attente, à l’échelle mondiale, d’un cinéma social, politiquement engagé… pour les films qui viennent de ces pays et qui ont pour caractéristique de traiter d’une certaine pauvreté. L’attente du public va être de s’émouvoir sur cette pauvreté. Et quand on parle de films qu’on a vus par exemple cette année à Cannes, le film de la marocaine Laïla Marrakchi, par exemple, correspondrait, un petit peu, à cette attente-là d’un cinéma social, engagé où les gens vont réagir et se défendre… Les cinéastes voient bien à quoi ils sont confrontés quand ils passent par les laboratoires ou par des “screen doctors”. Le risque est qu’on les engage un petit peu à aller dans cette direction-là et qu’on élimine tout ce qui va être du domaine de la spontanéité narrative. »

À lire aussiCannes 2026: une compétition sans films africains ni blockbusters, sur fond de guerres culturelles

« On a un film qui nous représente »

Ce nouvel essor du cinéma africain tient le cap, malgré tout. Des cinéastes se montrent capables d’audace, d’inventivité, et possèdent leur propre langage cinématographique. Ils sont souvent issus de pays qui ont connu des conflits. C’était le cas avec la réalisatrice rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo qui est revenue sur le thème de la réconciliation après le génocide. Falila Gbadamassi, critique de cinéma : « Ce que je trouve intéressant dans ces récits, par exemple dans Ben’imana, qui a obtenu la Caméra d’or à Cannes, j’ai trouvé qu’il était, en termes de mise en scène, en termes de propos, en termes de mise en image, magnifiquement porté au cinéma. Pour moi, justement, ça raconte cette histoire-là, cette histoire de génocide rwandais qui nous a tous traumatisés. On a tous vu La liste de Schindler de Spielberg et je trouve que Ben’imana est de ce calibre-là. J’étais fière de le voir, et je me suis dit, pour une fois, on a un film qui nous représente et qui est bien, peut-être c’est ça que la jeune génération nous apporte, la sincérité. »

Ces films sincères et spontanés donnent à voir, dans leur diversité, tout un continent.

À lire aussiCinéma africain : vers la fin du plafond de verre?

This post was originally published on RFI