Afrique

Le Maroc pourrait doubler sa production céréalière par rapport à l’année dernière

Au Maroc, l’hiver 2025-2026 a été l’un des plus pluvieux depuis 40 ans : jusqu’à 1 296 mm de pluies pour la région de Tanger. Et les précipitations n’ont pas cessé au printemps. Le taux de remplissage des barrages a quasiment doublé. Malgré quelques dégâts en raison des inondations, l’agriculture marocaine devrait largement profiter de cette pluviométrie extraordinaire. Ainsi, selon les prévisions du ministère de l’Agriculture, le Maroc pourrait plus que doubler sa production céréalière par rapport à l’année dernière.

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De notre envoyé spécial à Meknès,

Depuis le mois de janvier, la campagne marocaine – au centre et au nord du pays – a changé de visage. Les photos satellitaires sont impressionnantes. Vu du ciel, le Maroc est passé d’une teinte ocre à un vert chatoyant. L’heure est plutôt à la fête au salon de l’agriculture. « La plupart des secteurs vont bénéficier de cette pluie abondante cette année. On a vécu six ans de sécheresse d’affilée qui étaient catastrophiques. Après, beaucoup d’eau ne veut pas dire meilleur rendement », décrit Réda Zniber, directeur général délégué des domaines Zniber, l’un des plus grands exploitants agricoles du pays.

Certes, pour ses exploitations – d’huile d’olive notamment –, la récolte a été stoppée plusieurs semaines en raison de la boue, empêchant les tracteurs d’opérer dans les champs, ce qui pourrait affecter les arbres à long terme. Il a néanmoins doublé sa production. « Cette année nous avons fait à peu près 1 500 tonnes d’huile. L’année dernière, qui était, on va dire, très moyenne, nous avons fait la moitié. Donc, oui, la pluie a quand même été très bénéfique », se réjouit-il.

Le groupe familial produit également des fruits à coques : pêches, nectarines, prunes… Cette fois victimes des épisodes de grêle, mais là encore, malgré tout, les prévisions sont bonnes. « Le bilan reste très positif malgré tout cette année. Maintenant, les répercussions de ce retard de récolte, c’est plutôt l’année prochaine que l’on verra les conséquences, en tout cas sur l’arboriculture et l’olivier », précise encore l’exploitant.

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Des cultures vulnérables face au changement climatique

Même satisfaction pour Damri Abdelali, exploitant agricole et vice-président de la Chambre d’agriculture région Fès-Meknès. Il salue notamment la reconstitution des nappes phréatiques. Il précise néanmoins que certains agriculteurs qui avaient opté pour des semences spéciales, censées résister à la sécheresse, ont, eux, été impactés négativement par ces pluies abondantes. « Des champs inondés avec trop d’eau n’ont pas pu résister. Mais aussi des variétés de semences qui ont été transformées génétiquement pour résister à la sécheresse et n’ont pas pu résister à l’eau », regrette Damri Abdelali.

Au stand du pôle digital du ministère de l’Agriculture marocain, en revanche, le ton est plutôt à la prudence. Devant un graphique qui montre les taux de pluviométrie en berne ces 20 dernières années, le chercheur Rachid Hadria rappelle que l’agriculture marocaine va très probablement continuer à souffrir des conséquences du réchauffement climatique. « On voit qu’on a de plus en plus d’années sèches. Cette année, certes, c’est une très bonne année par rapport aux six dernières années, mais on ne peut pas dire que ça y est c’est gagné », conclut-il.

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This post was originally published on RFI