La localité de Gbartala, dans le centre du pays, a accueilli pendant la guerre un camp militaire servant également de centre de torture. Il était dirigé par Chuckie Taylor, fils de Charles Taylor. Depuis, le camp est désaffecté et les propriétaires du terrain y ont construit une école qu’ils dirigent. Cet établissement accueille de nombreux élèves orphelins, comme un symbole de la renaissance du pays après la terrible guerre civile entre 1989 et 2003.
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De notre envoyé spécial à Gbartala,
Réunis dans la salle de classe, une vingtaine d’élèves entonnent un chant religieux sous la direction de Helen Flemister, fondatrice de cette école pour orphelins et enfants démunis du Liberia : « Ma mère rêvait de diriger une école, un orphelinat et un centre de santé, mais elle a disparu avant de pouvoir faire quoi que ce soit. On a vécu là jusqu’en 1980. On a dû partir aux États-Unis quand Samuel Doe a fait son coup d’État. Pendant la guerre civile, Chuckie Taylor a fait de cet endroit un camp militaire et un centre de torture, pour semer la terreur. Quand je suis finalement rentrée, en 2019, j’étais très triste de voir cet endroit dans cet état, c’était terrible. »
L’école, qu’elle a fait construire sur le terrain de sa famille, est juste en face du camp militaire. Il est en ruines, mais sur le fronton, on peut encore lire « Executive Mansion » du nom du quartier général du National Patriotic Front of Liberia (NPFL), parti de Charles Taylor établi dans la ville voisine de Gbarnga, avant qu’il ne prenne le pouvoir à Monrovia. Wilson Nornie est un habitant de la localité : « C’était là qu’était établi Chuckie Taylor, c’était son quartier général. Il l’utilisait comme centre d’entraînement pour sa milice de l’”Anti-Terrorist Unit”, tristement célèbre pour les exactions qu’elle a commises. Elle arrêtait des gens arbitrairement. Il y a eu beaucoup de tortures ici. Ce camp a aussi servi à dispenser des formations aux combattants du RUF, pour la guerre qu’ils menaient en Sierra Leone. »
« La porte vers la vie »
Aujourd’hui, Helen Flemister veut faire de son école un symbole de la renaissance de son pays : « Quand je suis rentrée, les histoires que j’ai entendues, ce qu’il s’est passé pendant la guerre, c’était horrible, ça m’a brisé le cœur. Mais je me suis dit qu’il ne fallait pas laisser la terreur prendre le dessus sur le bien. Donc j’ai fait mon possible pour effacer cette terreur et refaire de cet endroit un lieu pour la vie. C’est pourquoi je l’ai appelé l’école ”Gateway for Life”, la ”Porte vers la Vie”. Mon objectif est d’offrir aux enfants une porte d’entrée vers une vie meilleure, en leur donnant une bonne éducation. »
Helen Flemister finance sur ses fonds propres cet établissement. L’école accueille 200 enfants. Leurs familles n’ont pas de frais de scolarité à payer.
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